Thursday, December 29, 2011

A L'OUEST, PAS de JUSTICE!


Ouremi, le criminel de L'ouest adule par le pouvoir comme pour le feliciter pour ses crimes contre l'humanite.



Amade Ouremi entoure par le prefet et ses hommes, une armee independante equipe par???

L'ONU et la licorne savent bien ce qui se passe a l'Ouest.
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Maho Glofehi, envoye en mission de paix par le pouvoir se fait tabasser par les FRCI, et incarcere pendant 5h. Il est apres mis en liberte sur l'injonction d'ADO.


Battu et mis a poil pour le plaisir de FRCI. La reconciliation en Cote D'Ivoire a de beaux jours devant elle.


 Maho Glofehi et le journaliste Goore Bi.

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Le visage de l'Ouest




Ces regards qui en disent long sur la douleur que vivent ces enfants dont les parents ont ete tuees dans cette partie de la Cote D'Ivoire. Personne ne parle de justice pour eux puisque les criminels sont amis du pouvoir. Leur justice viendra surement du ciel.

Wednesday, December 28, 2011

Enquête sur un massacre – Alassane Dramane Ouattara a organisé des crimes contre l’humanité, avec le soutien de Nicolas Sarkozy . Enquête édifiante de l’hebdomadaire français l’Observateur


L’enquête que vous allez découvrir plus bas a été menée par un journaliste de l’hebdomadaire français Le Nouvel Observateur. Il y a deux raisons pour lesquelles je vous invite à prendre le temps de la lire. Depuis le début de la crise postélectorale ivoirienne, et même avant, l’ex-président Laurent Gbagbo a fait l’objet des pires portraits et assertions caricaturesques dans les medias occidentaux, totalement acquis à l’entreprise de diabolisation qui le visait. Gbagbo dictateur, Gbagbo mauvais perdant de l’élection présidentielle, on était habitué.
Cette enquête faite par un organe de presse européen peu réputé pour sa propension à l’exagération, et qui se greffe aux rapports accablants d’organisations humanitaires que l’on ne peut soupçonner de collusion avec l’ancien pouvoir ivoirien, comme Human Rights Watch, Amnesty International, La Croix Rouge, Caritas etc., ruine définitivement ce qu’il restait de la réputation de technocrate bien propre sur lui d’Alassane Ouattara, construite à coup d’articles laudateurs, d’omissions opportunes et de contrevérités savamment distillées. Jean-Paul Mari dépeint ici une fresque hideusement magistrale des exactions organisées par Alassane Ouattara, un homme banal cruellement mortel, dont l’Histoire retiendra qu’il a été capable d’enjamber des dizaines de milliers de cadavres pour s’asseoir dans le fauteuil présidentiel ivoirien.
La lecture de ce document va certainement vous soulever le cœur. Il faut vous forcer à aller jusqu’au bout, même s’il est plus agréable d’ignorer certaines choses. La narration claire et ciselée ne laisse aucune marge au flou. C’est inexorable, insoutenable, sans ellipse, sans pardon. L’opinion publique française et occidentale ne pourra pas échapper au malaise, même si elle est habituée à couvrir du voile de l’ignorance tout ce qui peut lui donner mauvaise conscience: L’horreur de la guerre est arrivée à son comble avec Alassane Dramane Ouattara, soutenu et épaulé par Nicolas Sarkozy, président de la république française.
Mahalia Nteby
1.ooo, 2.ooo morts ? On ne sait pas. Mais la grande tuerie de Duékoué a duré toute une semaine, dans la ville, les villages, la brousse. Accusées : les Forces du Nord du président Ouattara qui ont lancé leurs supplétifs à l’assaut. Jean-Paul Mari a reconstitué sur place la mécanique d’une bataille qui a tourné à l’épuration ethnique.
Duékoué est une ville infecte. L’endroit pue la crasse, la sueur, la peur, la haine, la mort. Ce matin, il fait déjà bien trop chaud et l’humidité trempe le corps. Dans l’église incendiée du quartier Carrefour, il faut marcher entre les cadavres encore frais d’hommes abattus à bout portant, découpés à la machette ou la gorge tranchée, à même le sol, mains liées dans le dos, comme des animaux de ferme.
Dans l’air, il reste cette odeur pois­seuse, reconnaissable entre toutes, mélange de mort, de métal, de sang caillé et de brasier mal éteint, et ces cendres noires aussi collantes que les mouches sur l’ordure. Il y avait un quartier, une population de 10 000 personnes, il ne subsiste plus grand-chose d’humain. Sinon l’église Jésus-Sauveur, carbonisée, les mai­sons noircies, les allées défoncées en terre ocre, le sol noir couvert de gra­vats et de vêtements sales, dispersés. Un cyclone de violence a tout emporté, les abris de bambou, les toits en tôle, les murs de ciment, les fils électriques qui pendent des pylônes et les portes arrachées à mains nues. Restent les pancartes du restaurant Nid d’Abeilles, du salon Hip-Hop Coif­fure, de la pharmacie Médicaments chinois et un poster déchiré d’un foot­balleur africain. Même les arbres ont brûlé, leurs branches basses encore lourdes de mangues. Un gosse traîne dans la ville fantôme, trouve un fruit pourri, le suce. Un homme, un balai de paille à la main, contemple les ruines de sa maison. Un vélo passe, chargé d’une chaise en plastique épar­gnée.
Tuer, tuer, tuer, la solution est tou­jours la même. La solution à quoi ? D’abord à un conflit politique. Entre les Forces du Nord, ex-rebelles devenus l’armée du nouveau président Ouattara, et les Forces du Sud, l’armée de l’ancien président déchu Laurent Gbagbo. Une solution aussi au conflit ethnique qui oppose les Malinkés ou Dioulas du Nord et les Guérés du Sud. Une solution, enfin et surtout, au conflit foncier, la guerre pour la terre, la guerre dans la guerre, pour un village, une ferme, un champ de cacao. Tuer l’autre, le grand propriétaire, le fermier, c’est laisser la terre vide, comme un cimetière fertile, à prendre là, maintenant. Un conflit politico-militaire et la revanche des métayers, cela suffit pour justifier le massacre des innocents. Cela s’appelle une épuration ethnique.
Tout près d’ici, il y a trois grandes fosses communes, de la terre fraîche retournée sur des monceaux de cadavres. Dans l’une d’elles, près de la rivière Guémon, les pieds des morts baignent dans le marécage. Les survivants hésitent à revenir, un œil sur leur passé, l’autre sur la brousse toute proche et la masse sombre des taillis d’où les massacreurs ont surgi. Et s’ils revenaient ?
Duékoué est une ville abandonnée de Dieu et du gouvernement, à sept heures de route et vingt-deux check-points d’Abidjan. Un gros bourg laid, sans âme et sans monument, doté d’une poignée de missionnaires héroïques mais sans conseil général. Personne ne s’y intéresse, sauf quand surviennent les massacres, et l’on vole à son secours quand tout est accompli. Pour son malheur, Duékoué est un carrefour stratégique. Qui tient Duékoué contrôle la circulation régionale, le chemin du cacao jusqu’au premier port du pays, San Pedro, et tout le flux humain et commercial entre le Grand Ouest et ses frontières.
Autre malédiction, la région est riche, la terre fertile, bien arrosée et les prix du café et du cacao ont flambé. Comme par hasard, les grands massacres dits politiques se produisent l’hiver, précisément à l’heure de la récolte. Les grandes terres appartiennent depuis toujours aux Guérés, réputés peu enclins à défricher leur brousse. Depuis une vingtaine d’années, certains ont vendu, loué ou concédé, souvent sans contrat écrit, une parcelle aux Malinkés venus du Mali, du Burkina Faso. Des immigrés durs à la tâche qui ont labouré, pris racine, se sont multipliés. «La terre est à celui qui la travaille», disait Houphouët-Boigny, le vieux sage. C’était avant le débat sur l’«ivoirité», une saleté théorique inventée à Abidjan pour fabriquer des castes. Le prix du cacao a augmenté, les métayers Malinkés sont devenus riches, grignotant parfois les champs au-delà du permis, le propriétaire guère est mort et ses enfants ont voulu réviser, voire annuler les contrats : les conflits ont éclaté.
En 2002, quand le Nord et le Sud se séparent, les premiers massacres renvoient opportunément chez eux une foule de métayers malinkés, leurs fils, leurs voisins, des paysans sans terre mais pleins de rage. On trace sur la carte une belle ligne de démarcation qui passe… juste au-dessus de Duékoué. L’ONU compte les coups, la Force Licorne patrouille, les ONG désertent le coin. Trop compliqué ! Entre les «coupeurs de route», bandits de grand chemin, le groupe d’Amandé, un seigneur de guerre venu du Burkina, fort de 300 hommes, qui s’est adjugé tout le parc naturel du mont Péko, la flopée de milices d’autodéfense, hommes de main des politiques ou simples voyous, dotés de «généraux» et de noms flamboyants de mouvements de libération, les commandos de quartier, les mercenaires du Libéria… la région devient une poudrière. Tous sont armés jusqu’aux dents, menacent, rackettent, volent, saignent, violent et tuent à l’occasion.
Dans le quartier Carrefour, il ne fait pas bon être Malinké et pas une semaine ne passe sans que l’on retrouve un corps ou deux dans les fossés. Face aux Guérés, au nord, existe une variante locale de miliciens, les Dozos, des chasseurs traditionnels malinkés, armés de fusil calibre 12 et de chiens de brousse. Les mystiques guerriers, initiés au grand secret de la forêt, portent des coiffes décorés de dents d’animal et ont le corps bardé de gris-gris supposés les rendre invulnérables aux balles invisibles face à un fauve ou capable d’occire un éléphant d’un seul coup de lance. Avec le temps, la farouche confrérie du Nord s’est dévoyée, agrégeant les jeunes enragés malinkés, faisant une milice de plus. Dix ans plus tard, à l’hiver 2011, quand les Forces du Nord, rebaptisées FRCI, lancent la grande offensive en direction d’Abidjan, la capitale tenue par Laurent Gbagbo, tout est prêt pour la grande revanche. «Vers quatre heures du matin, j’ai été réveillée par des lueurs et des explosions terribles. J’ai hurlé, croyant à un cauchemar. J’avais raison», dit Clémentine Don. A 53 ans, violée deux fois, sa maison pillée, son village dévasté, son mari humilié, encore terrorisée et obsédée par la tache de sang qui profane l’herbe au pied de l’arbre sacré du village, Clémentine est une femme brisée : «Nous sommes souffrants, vous comprenez…» Elle a pourtant tout fait pour échapper à l’horreur.
Née à Carrefour, elle a quitté son quartier dès les premiers incidents en 2001 pour s’abriter dans ce paisible village de Dahoua, à 5 kilomètres au sud de Duékoué. Clémentine, devenue présidente de l’Union des Femmes, a créé une coopérative Contre la Famine ! Tout s’effondre avec les premiers tirs, ce lundi 28 mars. Tremblante, elle suit les combats qui mettent Duékoué à feu et à sang. L’armée régulière du Nord a franchi la ligne rouge de démarcation. Pour en finir au plus vite, les rebelles du Nord ont lancé tous leurs supplétifs dans la bataille, les Dozos, leurs miliciens et même la bande de tueurs du chef de guerre Amande. Ils descendent des montagnes, s’infiltrent par la brousse, dévalent de tous les côtés à la fois, balaient les Forces de Sécurité présidentielles et taillent les milices Guéré en pièces. Ils prennent Duékoué en quelques heures puis… s’arrêtent, font la fête et pillent. C’est l’erreur. Venue du sud, une unité pro-gouvernementale, dotée d’un tank, contre-attaque et reprend le centre-ville. Au passage, les soldats en profitent pour assassiner les civils malinkés et égorgent un imam. Dans l’après-midi, le gros des troupes régulières du Nord, armées de mitrailleuses lourdes et de canons, arrive en renfort, désintègre le tank et met un terme à vingt-quatre heures d’une bataille confuse et sanglante. Au petit matin du mardi 29 mars, des dizaines de cadavres couvrent les trottoirs de Duékoué, les vaillants miliciens Guérés ont déguerpi en laissant leur population sans défense, face à des combattants ivres de bataille.
Carrefour est le premier quartier sur leur chemin. Ils encerclent les maisons. Les hommes sont triés, leur carte d’identité examinée. Un nom malinké : la vie sauve. Une carte d’identité ivoirienne, un nom guère : une balle dans la tête. Dehors, les femmes sont à genoux. « Ils nous forçaient à chanter leur gloire, à répéter : «Guerriers ! Guerriers !», dit Julie, une habitante. Les assaillants se divisent en trois groupes : «Les tueurs, les pilleurs et les gâteurs… Les gâteurs, c’est ceux qui arrosaient nos maisons d’essence avant de mettre le feu.» Un curé et ses enfants de chœur sont surpris devant l’église : «Quel est ton parti ? – Le parti de Jésus-Christ. – Jésus-Christ ? C’est pas un parti !» Ils sont abattus. Au milieu des cris et des explosions, les assaillants insultent leurs victimes : «Vous avez voté Gbagbo ! Traîtres !» Et les anciens métayers exultent : «Vous nous avez pris pour des domestiques. Nous sommes revenus en maîtres. Nous prendrons vos femmes, vos terres, vos champs. Et vous mangerez de la boue !» Et ils tuent. En fin de matinée, Carrefour est en feu. Et les supplétifs commencent à envahir les villages alentour.
A Bahé-B, à quelques kilomètres de Duékoué, Denis bêche son champ de manioc. Il entend du bruit, se dirige vers sa ferme, voit huit hommes en treillis, foulard rouge sur le front et sandales en plastique aux pieds. «Qui est là ?» Trois coups de feu lui répondent. La première décharge de chevrotine le manque, la deuxième lui loge un plomb dans le cou, la troisième lui crible l’épaule. Il tombe, laissé pour mort. Au troisième jour des massacres, les tueurs ne trient plus leurs victimes. «Ma femme, Hélène, mes jumeaux de 4 ans et demi, mon fils de 2 ans… Ils ont tué neuf personnes de ma famille», dit Denis. Couché dans les herbes hautes, paralysé, en sang, Denis entend l’appel au secours de sa nièce, sa fille adoptive, âgée de 13 ans : «Papa ! Au secours ! Ils sont en train de me violer !» Denis aperçoit plusieurs hommes autour de l’enfant, les cris durent une éternité. Puis ils cessent. Et Denis découvrira le corps de sa nièce, abattue d’une décharge dans la poitrine. Toute la nuit, Denis entend les aboiements des chiens des Dozos qui entrent dans la brousse, chassent les rescapés, les paysans dans leurs campements.
Une nuit de chasseurs, d’aboiements, de coups de fusil. Au petit matin, Denis se traîne vers la route et croise une colonne de l’Onuci. Après une longue inertie, les casques bleus commencent à patrouiller, enterrent les morts et cherchent des survivants.
Dans son village, Clémentine a compris que la brousse ne la protégerait pas de la folie de Duékoué. Au moment de fuir, elle est arrêtée par des Dozos et des hommes en armes. Parmi eux, une femme militaire en treillis. Ils parlent dioula, la langue du Nord, et poussent vers l’arbre sacré du village trois hommes, entre 18 et 20 ans, les mains attachées dans le dos. «J’ai entendu des cris bizarres, des couinements, comme si on égorgeait un porc», dit Clémentine. Quand les hommes s’en vont, les paysans se précipitent et trouvent les trois hommes au sol, la gorge tranchée au couteau de chasseur. «Ces cris… je les entends encore, chaque nuit !» Elle appelle l’Onuci, trois fois, au secours, en vain : «Venez ! Ils sont train de tuer dans les campements !» Le lendemain, le groupe d’assassins revient, avec des chiens «pour chercher les fusils cachés», disent-ils. Ils mitraillent un homme sur le palier de Clémentine. Nouvel appel de détresse. Cette fois, un camion blanc arrive. 300 personnes veulent fuir. C’est trop pour le véhicule. On forme une longue colonne de civils à pied qui suivent au pas le camion des casques bleus, sous les cris de rage des Dozos : «Pourquoi les laissez-vous partir ? Laissez-nous faire ! On va en finir avec ces agoutis [rongeurs] !» Clémentine, elle, reste, «pour continuer à informer les autorités». Samedi 2 avril, en fin de matinée, trois autres hommes en treillis, la trentaine, arrivent à mobylette, fusil de chasse à la main, ils cherchent de l’argent, arrachent ses vêtements. Clémentine les supplie : «Je suis vieille. Je suis votre maman.» Ils la violent à tour de rôle. Pillent la maison. S’en vont. Reviennent. Clémentine est surprise de nouveau à 300 mètres de là, dans la maison de sa sœur, 56 ans. Elles sont violées toutes les deux : «On va tuer Laurent Gbagbo, prendre vos femmes ! Vous deviendrez nos domestiques !»
Depuis, Clémentine parcourt Duékoué et la campagne environnante, le souvenir des cris des suppliciés et des violeurs dans la tête, avec un carnet à la main où elle note tout, les morts, les viols, les campements dévastés. Parfois, elle vient à pied jusqu’au camp de réfugiés de la mission catholique du père Cyprien. Ils sont 30 000, venus de Carrefour ou des villages environnants, serrés jusqu’à étouffer dans une enceinte faite pour une paroisse de campagne. 30 000 personnes, dans l’odeur des feux de bois vert, des excréments et du désinfectant, de la misère, de la promiscuité, de la maladie. «La semaine dernière, nous avons perdu 14 enfants à cause des diarrhées, dit le père Cyprien, et 15 de plus ces trois derniers jours.»
Dans la nuit africaine, quand l’orage finit par éclater, c’est toute l’eau d’un ciel peu miséricordieux qui s’abat d’un coup, comme un rideau de plomb glacé, sur des femmes et des enfants debout, tendant une bâche de plastique à bout de bras. Le camp est protégé par une unité de Marocains de l’Onuci, mais il manque de place, vivres, de médicaments, d’eau potable, de tout. 30 000 réfugiés dans un jardin ! Parfois, même le père Cyprien sent le courage lui manquer. Surtout dans la nuit noire, quand il entend les rôdeurs assassins continuer à hurler des menaces sous le nez des survivants : «On vous tuera tous, jusqu’au dernier !» Oui, le père Cyprien tremble lui aussi. Le grand massacre, qui a duré plus d’une semaine, a sans doute fait bien plus de mille morts. Il sait que Duékoué la maudite est un point rouge sur la carte du pays, une ligne de front des ethnies, un laboratoire du Mal, un lieu emblématique de ce que la Côte d’Ivoire pourrait devenir si elle ne trouvait pas, vite, très vite, le chemin de la réconciliation.
Source: 
 OTHER

Friday, October 14, 2011

Touba : conflit foncier Le syndrome de l’Ouest guette le Bafing


Publié le vendredi 14 octobre 2011   |  Nord-Sud


Les relations entre les autochtones de Koro (40 km de Touba) et leurs hôtes, burkinabè et baoulé, ne sont pas bonnes, parce qu’ils se disputent la terre et la forêt. Reportage…




La date du samedi 24 septembre dernier avait été retenue par les populations du département de Koro, situé à 40 km de Touba, chef-lieu de la région du Bafing, pour crever l’abcès : faire une battue pour en déloger des forêts les Burkinabè. Ils constituent l’écrasante majorité des étrangers, à côté des Lobi et des Baoulé. « Nous allons régler nous-mêmes nos problèmes », s’est écrié l’un des manifestants ce jour-là. Les manifestants sont venus de plus 20 villages pour se regrouper sur l’esplanade de la mairie de Koro. Les uns armés de fusils de chasse, de machettes, les autres munis de gourdins, de barres de fer.


L’intervention du secrétaire général de préfecture, Joseph Opoué Acko tuera dans l’œuf le projet de répression. Il a persuadé la foule à trouver une solution pacifique. Le calme revenu, les ‘’insurgés‘’ sont rentrés chez eux.


Des milliers d’hectares concernés


Entre 3000 et 5000 Ha sont occupés par des ressortissants burkinabè et baoulé. Et, c’est seulement en l’espace de 8 mois que ces populations se sont succédé, par vagues, pour occuper ces terres. En effet, menacées en zones forestières, elles espèrent trouver un nouvel eldorado dans le pays Mahou. Elles ont donc acheté des terres et érigé des plantations de café ou de cacao. Ces allogènes ont aussi marqué ‘’leur‘’ territoire dans au moins 3 gros campements au nord du chef-lieu de département ; c’est-à-dire dans les environs des villages de Nigbila, Tiémokosso, Docomadougou, Yakorodougou, Bini. Ils sont aussi au sud, à Farako, à Kountiguisso et à Mébradougou, où ils occupent 2 importants campements. Pareil à l’est, vers Massala-Koro et Windou (18 km de Koro), où ils revendiquent également au moins 2 campements. Ils sont signalés au sud dans les environs de Baadala (26 Km de Koro), où ils tiendraient 3 campements. Le résultat : les forêts du Koro font progressivement place à des vergers de cacaoyers. Combien sont-ils ces étrangers ? Difficile à savoir. On dénombre 3 grands campements dissimulés à l’orée des forêts classées de Borotou et du Parc national du Mont Sangbé. « On ne peut pas dire combien d’hectares et combien de campements ces gens occupent actuellement.


Comment les Burkinabé sont-ils arrivés dans la région ?


Ils s’arrangent pour installer leurs plantations très loin des abords de la forêt classée, de telle sorte que les plantations ne soient accessibles qu’à eux seuls. Je vous conseille de ne pas insister à aller voir plus loin, car vous risquez de ne plus revenir vivant », se désole M.A. Nous choisissons donc de reporter l’expédition au cœur de la forêt classée, pour regagner Koro, le chef-lieu de département où nous sommes accueillis dans la concession du chef de village. Sous la paillote, l’autorité villageoise est entourée de ses notables. «Ils viennent sans s’adresser aux autorités. Ni le chef de village, ni le préfet ne savent rien de cette ruée des Burkinabè vers notre région. Ils vont créer leurs campements pour ensuite faire appel à d’autres frères», soutient Youssouf S., secrétaire particulier du chef de village. « Ils continuent d’arriver chaque jour», soutient-il. La forêt classée de Guintéguélé, située à une cinquantaine de km à l’est de Touba serait aux mains des Burkinabè et des Baoulé.


L’installation des premiers étrangers remonte au premier trimestre du mois de l’année 2011, au plus fort de la crise post-électorale. Un groupe de sept personnes est venu voir le chef du village de Koro de l’époque, le patriarche Mamadou Bakayoko pour solliciter des terres. « Ce groupe comprenait trois Baoulé et quatre Burkinabè », explique l’un des notables du village qui dit avoir assisté à la réunion du 7 mars 2011, au cours de laquelle le chef du village a réuni les forces vives du village pour poser le problème de ses sept hôtes. « Le chef nous a indiqué que les étrangers ont sollicité 100 ha de terres où ils voulaient planter le cacao. Les termes du contrat étaient que sur ces 100 ha à exploiter, les revenus de 40 devaient revenir au village et 10 au chef de village lui-même. Ce jour-là, le chef nous a dit leur avoir répondu qu’il allait prendre conseil avec le village, mais qu’il avait d’ores et déjà donné l’ordre aux demandeurs d’aller regarder les terres. Il nous a laissé entendre qu’ils se sont dirigés vers Mebradougou, 16 km au sud de Koro», a poursuivi le notable qui continue pour souligner que les jeunes, soutenus par une bonne partie de la population, s’étaient opposés à l’opération. Tous sont unanimes, y compris le responsable des Burkinabè de Koro, à reconnaître que le décès du chef de village, Bakayoko Mamadou, en mai dernier et la vacance du pouvoir pendant trois mois, ont contribué à exacerber l’exode des populations étrangères dans la région. Dans ce laps de temps, plusieurs cars en provenance des zones forestières (Tabou, San Pedro) ont déversé leurs passagers (Burkinabé et Baoulé) dans les forêts de Koro. D’autres véhicules de 70 places, surchargés de passagers provenaient du Burkina-Faso avec pour destinations le département de Koro. «Le nombre d’étrangers s’est multiplié presque par cent», s’inquiète Kassoum Bakayoko, le nouveau chef de village. Pour lui, c’est maintenant qu’il faut trouver une solution à ce problème car, soutient-il, les vergers sont encore à l’état de pépinière. « Il faut que nous fassions tout pour mettre fin à cette anarchie le plus tôt possible », a-t-il indiqué avant de regretter que des gens veuillent traîner le problème sur le terrain politique. Les étrangers, quant à eux soutiennent avoir acquis régulièrement ces terres. «Ceux qui cèdent les terres, nous disent que c’est leur propriété parce que leurs parents où aïeux ont exploité ces terres. Parmi eux, il y a des jeunes, des notables et quelques chefs de villages », explique C. M. un jeune Burkinabè qui a requis l’anonymat. Pour lui, tous ceux qui travaillent sur ces terres les ont acquises avec la caution des propriétaires.


50 mille F Cfa l’hectare
Les termes du contrat des propriétaires, diffèrent en fonction du tuteur qui a donné la terre. Quand certains cèdent l’hectare à 50 mille francs Cfa, d’autres optent pour le métayage. « Celui qui exploite la plantation s’engage à donner une partie des récoltes au vrai propriétaire » de la parcelle. On propose à certains d’entre eux des motos. Et, ce trafic se fait à travers des démarcheurs installés à Touba-ville. Ceux-ci se chargent de lancer l’information de la disponibilité de terres arables dans le Bafing. Selon le chef de la communauté burkinabé du département de Koro, Zampou Seydou, les populations autochtones ont entraîné sa communauté dans leurs querelles intestines. Sinon comment comprendre qu’alors que d’un côté on nous demande de quitter les terres, de l’autre côté, d’autres nous rassurent et nous demandent de ne pas se laisser intimider. « C’est le chef du village défunt (décédé en mai 2011, ndlr) qui m’a donné mes terres, mais je ne sais pas pour les autres », se défend cet ancien employé du Projet soja reconverti dans le commerce depuis la chute du projet. Puis de raconter comment le chef du village défunt lui a cédé sa parcelle.


Des affrontements évités de justesse


Après plusieurs rencontres avec les étrangers en présence des autorités administratives. Lesquelles rencontres ne laissent pas espérer aux populations de Koro, la rétrocession prochaine de leur terre dans la paix, elles ont décidé d’utiliser la force. La dernière action en date remonte au dimanche 2 octobre dernier. Une délégation de six jeunes conduite par Ibrahima Diomandé, membre du Comité de suivi dans l’une de ses plantations près du village de Nigbila a été mise sur pied. Pour vérifier si les conclusions de la réunion du 27 septembre, demandant aux Burkinabè de cesser d’agrandir leur champ étaient respectées. L’équipe a été menacée par le nouveau propriétaire répondant au nom d’Ibrahim. L’affrontement est évité de justesse. Depuis, des actions d’envergure sont projetées dans les jours à venir. « Nous allons d’abord marcher. Pour donner une pétition au préfet. Nous ne voulons pas vendre nos terres. Si nos parents avaient vendu ces terres, on n’en serait pas là. Et nous allons tout faire pour exiger et obtenir le départ de ces gens qui ne respectent personne », soutient M. Fatoumata Bamba, présidente des femmes de Koro. Le maire-résident, Fatoumata Bakayoko, fille du défunt chef de village, alerte le gouvernement : «c’est maintenant que le problème peut être résolu. Nous appelons la communauté nationale à se pencher sur le problème. Nous venons de sortir d’une guerre, nous n’en voulons plus». Bakayoko Karamoko, ingénieur des techniques agricoles, fils de la région, sollicité par des cadres pense que le préalable de la résolution de cette crise réside dans l’identification des véritables propriétaires de la terre d’Odienné. Il faut régler la question des propriétaires terriens. Pour lui, les gens parlent de ces terres comme si elles appartenaient à tout le village. « Ces terres ne sont pas un patrimoine commun à tout le village. Elles appartiennent à des familles bien identifiées. C’est seulement après cette tape qu’on pourra ensuite régler la question des occupants étrangers », explique-t-il. Pour Falikou Kalo, cette solution serait mauvaise. « Il faut plutôt déguerpir ceux qui occupent ces terres illégalement car c’est une question de patrimoine », assure-t-il. Selon lui, la question de l’appartenance est très facile à résoudre. « Les vieux sont encore là. Ce n’est pas parce que quelqu’un a exploité une parcelle qu’on va laisser son fils brader sa terre », a-t-il soutenu.


Ousmane Ténin, envoyé spécial

Friday, September 30, 2011

Frontière ivoiro-libérienne / Deux semaines après : L’attaque de Ziriglo


23 morts, 5 blessés graves, dont 2 par balles. Voici le tableau macabre de l’attaque du vendredi 15 septembre 2011 qu’ont subie les populations de Ziriglo. Village situé à 36 km de Tai, sur la route menant à Tabou et à Nigré, dans la sous-préfecture de Grabo. L’expédition punitive fut celle d’un commando lourdement armé qui, ce jour-là, aux environs de 1h du matin, a attaqué le check-point des Frci situé à l’entrée de Ziriglo. Le déluge de feu du commando a fait reculer les éléments des Frci qui étaient en nombre insuffisant et faiblement armés. Le combat a duré jusqu’à 6h du matin. Selon le lieutenant Yaha Roger, le chef du détachement des Frci basées à Ziriglo et Nigré, l’attaque des mercenaires libériens était ciblée, et les personnes qui ont été froidement exécutées dans leur sommeil, sont, pour la plupart, de nationalité étrangère et de grands producteurs de café-cacao. Les assaillants, bien organisés et connaissant parfaitement la zone, n’avaient aucune peine pour mettre à exécution leur sinistre besogne. A en croire le lieutenant Yaha Roger, « la majorité de ceux qui ont attaqué, vivait dans le village de Ziriglo et sont identifiés comme étant les enfants du chef du village de Nigré ». Ce qu’a confirmé Zana Prosper, habitant du village, qui a réussi à s'échapper, quand la fusillade a commencé du côté du corridor. Selon lui, des bandits armés ont exécuté 23 personnes, dont des femmes enceintes, des enfants et des hommes. Des femmes ont été violées, des boutiques et habitations pillées. Le carnage a cessé à 6 h 30 du matin . Ces derniers ont pris la direction du Liberia, en passant par le fleuve Cavally. Présentement, aucun autochtone ne réside dans les deux villages. Tous ont fui en masse pour se réfugier dans la brousse ou à Taï. Plus de 50 maisons ont été incendiées, uniquement celles des Oubi, une ethnie minoritaire Guéré. Même la résidence du chef du village de Ziriglo, Pomin Maurice, n’a pas échappé à la furie des assaillants, qui ont emporté des biens et de l’argent appartenant aux riches allogènes et allochtones qui résident dans le village. C’est la peur totale dans la région. La quiétude des populations est perturbée, les activités agricoles (café, cacao, hévéa) sont arrêtées. Les populations ne se sentent plus en sécurité. Il faut rappeler que la production du cacao dans ce patelin d’environ 2000 âmes avoisine les 5000 tonnes par an. Ces « chiens de guerres » qui ont un penchant pour l’argent, sont présentement dans les forêts qui jouxtent la frontière ivoiro-libérienne ou ils sont retranchés, et d’où ils partent pour mener des attaques sporadiques dans les campements et villages de la sous-préfecture de Taï. L’attaque de Norbertkro, près du village de Ponan Tai qui a fait 11 morts, le mois dernier, en est la parfaite illustration. Ces bandes armées présumées semblent déterminées à semer le chaos et la destruction systématique au sein des communautés qui ont payé un lourd tribut à la crise post électorale et qui n’aspirent qu’à la paix. La prouesse au combat, et les massacres que ces hommes armés ont commis cette nuit-là dans les villages de Ziriglo et Nigré, indiquent clairement qu’ils sont bien organisés et prêts à récidiver si besoin était, car, soutenus par des autochtones, hostiles à la présence des allogènes venus faire fortune dans la région, et qui se réclament partisans de l’ex-président Laurent Gbagbo. Ces derniers seraient en relation avec les mercenaires libériens qui ont combattu aux côtés des forces de défense et de sécurité dans la commune de Yopougon et qui se sont retranchés dans les forêts du Moyen Cavally à la frontière du Liberia, pour créer une situation d’insécurité généralisée dans la zone de Taï. La route qui mène à Ziriglo est un véritable calvaire pour les rares automobilistes qui l’empruntent. Parcourir les 36 km reste un exercice compliqué. Il faut plus de 6 heures de temps pour la parcourir à partir de Taï. Pour bien mener la mission de sécurisation de la frontière ivoiro-libérienne, il faut que le gouvernement se penche résolument sur l’épineux problème de route. Cela profite aux bandes armées qui savent qu’elles ne seront pas inquiétées, en cas d’attaque car régnant en maîtres absolus de cette frontière qu’ils maîtrisent. Malgré la présence d’un bataillon pour renforcer la sécurité dans cette zone instable de Tai à Tabou et de Tai à Danané. Le renforcement des troupes dans la région permettra d’intensifier les patrouilles. De manière à améliorer la sécurité de la population. Cette action sera très difficile à mener, car les routes secondaires sont impraticables dans la zone. Il faut nécessairement les profiler.
Plusieurs réfugiés que nous avons rencontrés à Taï pointent un doigt accusateur sur les allogènes et les allochtones qui, en représailles à l’attaque des assaillants, n’ont pas hésité à incendier toutes les maisons leur appartenant.


Chancelle Goudalet (envoyé spécial à Ziriglo)


L’un des rescapés : « Nous avons toujours peur »


« Aux environs de 1h30 du matin , ce vendredi-là, pendant la cérémonie de mariage de mon voisin, nous avons entendu des tirs. Les Frci avaient l’habitude de manifester leur joie, en tirant des coups de feu en l’air. C’est ce à quoi on a pensé pendant que nous dansions. Nous étions loin de penser que c’était une attaque, quand 4 assaillants ont fait éruption dans la cour. En ce moment-là, nous ne pouvions plus fuir et la plupart des invités ont trouvé refuge dans la maison du marié. Etant devant ma porte, j’ai bondi dans la mienne, en compagnie d’un des invités. La scène a été suivie par l’un des assaillants qui nous a fait sortir pour nous faire coucher sur le sol, et sans autre forme de procès, il a tiré à bout portant sur nous. J’ai eu la chance, car les balles m’ont atteint aux mains. Quant à mon compagnon de fortune, il a eu la tête éclatée. J’ai reconnu la voix d’un jeune Oubi du village prénommé Thomas, c’est un braconnier. Moi-même, je n’arrive pas à comprendre cette attaque. Présentement, quand il fait nuit, nous ne dormons pas dans nos maisons. Nous nous regroupons un peu plus haut, sous un hangar pour passer la nuit et le matin, chacun regagne son domicile. Nous avons toujours peur ». Ce rescapé s'est ouvert à nous en dévoilant son identité. Mais pour des raisons évidentes de sécurité, nous nous gardons de la révéler.


Propos recueillis par Chancelle Goudalet



Wednesday, September 28, 2011

Occupation illégale des terres à Touba - Mahouka et Burkinabé sur pied de guerre

Depuis que le pouvoir d’Etat a changé de main en Côte d’Ivoire dans une violence inouïe, les Burkinabé se croient en territoire conquis. Aussi envahissent-ils les forêts dans certaines régions du pays sans l’avis des propriétaires terriens, provoquant ainsi des vives tensions qui, si l’on n’y prend garde, vont conduire à des affrontements sanglants. C’est le cas des Mahouka et Burkinabé à Touba où lesdites populations sont sur le pied de guerre.

Les populations de la sous-préfecture de Koro, dans le département de Touba, sont sur le pied de guerre. Elles sont décidées à déloger de force les Burkinabé qui occupent illégalement leurs forêts depuis que le pouvoir d’Etat a changé de main en Côte d’Ivoire. La réunion qui s’est tenue, avant hier mardi 27 septembre, sous la présidence du préfet de Touba, M. Tola Konan, s’est achevée à queue de poisson. De quoi s’agit-il.

M. Mamadou Bakayoko, porte-parole du chef du village de Koro, explique : «Depuis trois à quatre mois, on constate d’importants convois de Burkinabè qui débarquent à la gare du village. Mais on ne voit ces nouveaux venus nulle part dans le village. Après quelques enquêtes, nous nous sommes rendu compte que ces Mossi, une fois qu’ils descendent de véhicules, rentrent dans la forêt sous la conduite de certains des leurs qui sont déjà sur place. Nous avons donc envoyé des émissaires dans la forêt située à 45 kilomètres d’Odienné et à 20 kilomètres du complexe sucrier. Ces émissaires ont été surpris de découvrir un véritable village de Mossi se développer dans cette forêt. Et ces Mossi exploitent illégalement cette forêt que nous avons pourtant réservée pour nos enfants, en y plantant du cacao».

Evidemment, l’occupation et l’exploitation de leurs forêts par les Burkinabé sans l’avis du village n’est pas du goût des paysans, notamment des jeunes. Ceux-ci ont donc décidé d’utiliser tous les moyens pour les déloger de là. Les premières démarches effectuées auprès des autorités, notamment, du préfet Tola Konan n’ont rien donné, selon notre interlocuteur. C’est alors que, explique le porte-parole du chef du village, face au refus des Burkinabè de quitter la forêt qu’ils occupent illicitement, les jeunes ont pris la résolution de les déloger de force. L’opération était prévue pour le lundi 26 septembre 2011. Prenant la mesure du danger, le secrétaire général de la préfecture de Touba, M. Opouh Joseph, sûrement sur instruction du préfet, entreprend une négociation auprès de la jeunesse. Il convoque alors une grande réunion avant-hier mardi 27 septembre, sous la présidence du préfet lui-même. Etaient conviés à cette réunion, les jeunes et leurs parents, le représentant des Burkinabé et le directeur régional de l’Agriculture. A cette réunion qui, selon le porte-parole du chef du village, a été très houleuse, le représentant des Burkinabè a expliqué que les premiers à s’être installés dans la forêt et qui seraient au nombre de 7 personnes, ont acheté leurs parcelles aux mains de certains villageois. Cependant, il n’a pu justifier la présence des autres Burkinabé sur les mêmes lieux, et dont le nombre serait près d’un millier. A en croire toujours la chefferie du village qui est une voie officielle, aucun paysan indexé n’a reconnu avoir reçu de l’argent de la part des Burkinabè. Ils ont cependant reconnu avoir reçu des présents, surtout des motocyclettes de la part de ceux-ci. Ces motocyclettes sont d’ailleurs confisquées par la jeunesse.

Prenant la parole, selon des participants à la réunion, le directeur régional de l’Agriculture aurait demandé aux jeunes de ne pas déloger de force les Burkinabé, bien qu’il ait reconnu que ceux-ci occupent illégalement les forêts. Il aurait indiqué que la loi exige que ces Burkinabè, dont les premiers plants de cacao n’ont que 8 mois, soient dédommagés avant d’être dégagés de là. Ce à quoi les jeunes et leurs parents, avec le soutien du chef du village Bakayoko Kassoum, se sont opposés. «Les jeunes ont été clairs sur le fait que notre village ne peut dédommager des gens qui se sont installés dans nos forêts sans l’avis de nos parents, et notamment, l’avis du chef du village. Et si des Mossi ont donné de l’argent à des gens, il faut qu’ils aillent leur réclamer leurs dus puisqu’ils les connaissent très bien», expliquent le porte-parole du chef du village. Qui ajoute : «Nous n’avons pas pu nous entendre et la réunion s’est achevée à queue de poisson. Les jeunes sont donc déterminés à déloger les Mossis. Leur détermination est telle que le chef du village ne peut pas les contenir».

La situation qui prévaut à Koro entre les autochtones et les Burkinabè envahisseurs, est celle qui prévaut dans la quasi-totalité des régions forestières de la Côte d’Ivoire. Cette situation qui était déjà préoccupante s’est davantage détériorée depuis que le pouvoir d’Etat a changé de main et que les FRCI, dont nombre d’éléments sont venus du Burkina-Faso, sont devenues les forces officielles du pays. Les Burkinabé pensent que la Côte d’Ivoire est aussi leur pays et qu’ils peuvent s’y établir sans s’en référer à personne. Il ne passe pas un jour où on ne reçoit des informations faisant état de ce que des Burkinabé, pourtant accueillis librement par des paysans dans leur village, les dépossèdent de leurs forêts souvent avec l’aide de certains éléments FRCI. A cette allure, et si l’Etat ne fait rien, les Ivoiriens de tout bord deviendront des nomades dans leur propre pays. Le dire, ce n’est ni de la xénophobie, ni inciter qui que ce soit à la révolte contre les Burkinabé. C’est pourquoi, nous nous réjouissons de l’une des conclusions du dossier réalisé par Radio Côte d’Ivoire sur les grands problèmes de l’heure à régler par la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation, à savoir l’occupation des terres par les Burkinabè. Nous devons courageusement dénoncer ces faits pour ne pas se faire complice de l’expropriation des Ivoiriens de leurs terres par les Burkinabè. Ce ne sont pas les Ivoiriens qui ont tracé la frontière qui sépare leur pays du Burkina Faso. En définitive, c’est Dieu qui a établi chaque peuple là où il est.

Boga Sivori
bogasivo@yahoo.fr






La reconciliation doit commencer par ADO et Bedie..Qu'ils nous disent ce qu'ils se sont dits.

Qui des deux a menti sur son camarade? Toute cette crise a commence par ces deux la. Si aujourd'hui ils semblent s'etre reconcilie, le peuple a qui ete divise par leurs services doit entendre publiquement ce qu'ils se sont dit pour se reconcilier. Soit Bedie a reconnu que tout ce qu'il a ecrit dans son livre etait des mensonges sur l'innocent ADO, soit ADO a reconnu avoir menti sur Bedie en se presentant comme la victime. ADO doit donc nous regarder droit dans les yeux et nous dire la verite, et Bedie nous regarder droit dans les yeux et nous dire la verite. On ne doit quand meme pas regarder ADO droit dans les yeux et voir Abidjan en chantier. Notre palabre n'apas commence par une affaire de chantier. On doit commencer la reconciliation par la verite, et maintenant est venu le temps de se dire la verite. ADO doit regarder les jeunes nordistes droit dans les yeux et leurs dire la verite, afin de les liberer, car en se gardant de leur dire la verite, il met leur vie en danger. ADO doit aussi regarder les ivoiriens droit dans les yeux et leur dire que tout ce qu'il a dit est vrai mais il accepte de ne pas en faire cas puisque ADO est ivoirien. POur simplifier pour nos jeunes adosapiens qui ont des problemes de comprehension je dirai que, imaginez que le maire arrive dans son village et veut porter le masque zaouli. Mais les sages du village disent que pour porter le masque sacre il faut etre vierge. Je dis au vieux que je suis vierge donc je peux porter le masque. Mon ami coolio qui me connait bien me dit "mais le maire, on as casser les kpetou ensembles et je connais tes gosses", et moi je dis aux jeunes du village, qui deja etaient trop fan de mes phases de zaouli que coolio est un menteur et a fabriquer tout pour que je ne porte pas le masque. Le village se divise en deux, un pro le maire, et un anti le maire. A cause de moi donc la guerre arrive au village. Pour que le village se reconcilie, ce sera a moi de venir dire aux villageois qu'en fait Coolio n'a pas menti mais que c'est moi qui suis dans le faux. Certes je pourrais par des circonlocutions prouver que je suis vierge, mais pour fair eplus simple, je dois reconnaitre ma part dans la genese de la crise villageoise. De meme ADO doit reconnaitre sa part. Car tout ce qu'on lui reproche, rien n'a ete fabrique, c'est lui meme qui a pose tous les actes que ses ennemis lui reprochaient. Ce sera donc a lui et a Bedie de venir ouvrir le bal de la verite. La reconciliation doit commencer par le debut.

Saturday, September 24, 2011

Côte d’Ivoire : Massacre d’immigrés ouest-africains


Le Conseil de sécurité impose de vigoureuses mesures contre Laurent Gbagbo ; la population civile a besoin d’une protection renforcée
MARS 31, 2011
« La crise en Côte d'Ivoire a atteint son point d'ébullition. Étant donné les massacres perpétrés des deux côtés et l'incitation continuelle à la violence dans les médias par les partisans de Gbagbo, nous sommes extrêmement préoccupés par la possibilité d'autres atrocités et violations des droits humains. »
Daniel Bekele, directeur de la division Afrique à Human Rights Watch
(Dakar, le 31 mars 2011) - Des milices ivoiriennes et des mercenaires libériens fidèles à Laurent Gbagbo ont tué au moins 37 immigrés ouest-africains dans un village près de la frontière avec le Libéria le 22 mars 2011, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Pour donner un coup d'arrêt à la spirale de violence et empêcher que le pays ne s'enfonce dans la guerre civile, le Conseil de sécurité des Nations Unies a décrété le 30 mars de vigoureuses mesures contre le président sortant, Laurent Gbagbo, qui persiste dans son refus de démissionner et de céder le pouvoir à son rival, Alassane Ouattara.
Des témoins en Côte d'Ivoire ont affirmé à Human Rights Watch que des hommes armés, certains en uniforme et d'autres en civil, ont massacré les villageois, partisans présumés de Ouattara, peut-être en représailles à la capture de zones voisines par les forces pro-Ouattara. Plusieurs autres témoins ont décrit de nombreux incidents dans lesquels des partisans réels ou perçus comme tels de Ouattara ont été tués par les forces de sécurité et des miliciens pro-Gbagbo à Abidjan. Les troupes de Ouattara se déploient vers le sud et l'est du pays, et se sont emparées de plusieurs villes clés, notamment la capitale politique, Yamoussoukro, et se dirigent vers Abidjan, la capitale commerciale, dans une situation qui évolue très rapidement.
« La crise en Côte d'Ivoire a atteint le point d'ébullition », a déclaré Daniel Bekele, directeur de la division Afrique à Human Rights Watch. « Étant donné les massacres perpétrés des deux côtés et l'incitation continuelle à la violence dans les médias par les partisans de Gbagbo, nous sommes extrêmement préoccupés par la possibilité d'autres atrocités et violations des droits humains. »
Au cours d'une campagne organisée de violations des droits humains durant les quatre derniers mois, probablement qualifiables de crimes contre l'humanité, les forces de Gbagbo ont tué, fait disparaître et violé des partisans réels ou perçus comme tels d'Alassane Ouattara, a constaté Human Rights Watch. Des hommes armés partisans de Ouattara se sont également livrés à de nombreuses exécutions extrajudiciaires de partisans et de combattants présumés du camp de Laurent Gbagbo.
Selon les estimations de l'ONU, près de 500 personnes, en majorité des civils, ont perdu la vie en raison des violences. Pour le seul mois de mars, les forces au service de Laurent Gbagbo ont tué au moins 50 civils par des tirs des mortiers dirigés contre des quartiers connus pour être des bastions d'Alassane Ouattara. Les forces pro-Gbagbo ont également battu à mort, tué à coups de machette et brûlé de nombreux partisans présumés de Ouattara aux points de contrôle mis en place par les milices.
Le 25 mars, le Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR) a estimé qu'entre 700 000 et un million de personnes ont été déplacées, essentiellement d'Abidjan. Le 29 mars, le HCR a signalé que 116 000 Ivoiriens avaient fui vers huit pays de l'Afrique de l'Ouest : le Libéria, le Ghana, le Togo, la Guinée, le Mali, le Burkina Faso, le Bénin et le Nigeria.
Le 30 mars, le Conseil de sécurité des Nations Unies a approuvé à l'unanimité une résolution qui demande à Laurent Gbagbo de quitter ses fonctions et exige une solution politique à la crise. La résolution exige la fin de la violence contre les civils et contre les fonctionnaires de l'Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI). Elle demande instamment au personnel de cette opération d'utiliser tous les moyens nécessaires pour remplir son mandat de protection des civils sous la menace imminente de violences physiques. En outre, la résolution du Conseil de sécurité appelle toutes les parties à coopérer pleinement avec une commission internationale d'enquête mise en place à la fin de mars par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies pour enquêter sur les violations des droits commises en Côte d'Ivoire. Enfin, la résolution adopte des sanctions ciblées contre Laurent Gbagbo et quatre proches collaborateurs, y compris son épouse, Simone.
Human Rights Watch a exhorté toutes les parties au conflit à respecter le droit international humanitaire et à cesser les attaques contre les civils ainsi que les exécutions extrajudiciaires. Human Rights Watch a en outre demandé que les Casques bleus des Nations Unies renforcent la protection des civils. L'ONUCI a besoin d'équipement, tel que des hélicoptères, et d'un déploiement supplémentaire de troupes bien formées et équipées, a ajouté Human Rights Watch.
Human Rights Watch a également souligné l'importance de poursuivre les responsables des atrocités commises. Le Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a indiqué à plusieurs reprises qu'il poursuivrait les auteurs des crimes commis en Côte d'Ivoire si les conditions requises pour l'ouverture d'une enquête, en fonction de la gravité des crimes et de l'insuffisance de procédures nationales pour de telles poursuites, étaient remplies. Une enquête pourrait être déclenchée par une saisine de la cour par le Conseil de sécurité des Nations Unies ou par tout État partie à la cour, ou encore par le procureur s'il décidait d'agir de sa propre autorité. Bien que la Côte d'Ivoire ne soit pas partie à la cour, elle a accepté sa compétence par une déclaration en 2003. La résolution du Conseil de sécurité fait référence à cette déclaration et mentionne que le rapport de la commission d'enquête devra être remis au Conseil et à « d'autres organismes internationaux compétents ».
« Le massacre d'immigrés ouest-africains, les attaques dirigées contre les civils à Abidjan et les déplacements massifs de population sont profondément troublants et exigent une réplique efficace », a alerté Daniel Bekele. « Les Nations Unies doivent se préparer au pire et adopter toutes mesures nécessaires pour protéger tous ceux qui en Côte d'Ivoire sont en grand danger d'être les victimes d'horribles violences.»
Massacre à Bedi-Goazon
Human Rights Watch s'est entretenu avec cinq témoins du massacre d'au moins trente-sept immigrés ouest-africains, perpétré le 22 mars par des milices pro-Laurent Gbagbo. Les meurtres ont eu lieu dans le village de Bedi-Goazon, à 32 kilomètres de la ville de Guiglo, dans l'ouest de la Côte d'Ivoire, le lendemain de la capture de la ville voisine de Blolequin par des combattants partisans d'Alassane Ouattara. Le village de Bedi-Goazon est habité par des Ivoiriens comme aussi par environ quatre cents personnes originaires d'autres pays ouest-africains. La plupart d'entre eux travaillent dans les plantations de cacao de l'ouest de la Côte d'Ivoire. Les témoins ont affirmé qu'un grand nombre des assaillants parlaient l'anglais et semblaient venir du Libéria. La grande majorité des victimes étaient des immigrés en provenance du Mali et du Burkina Faso.
Les témoins ont affirmé que vers 13 heures, ce jour-là, des hommes armés partisans d'Alassane Ouattara avaient traversé Bedi-Goazon dans leur avance vers Guiglo. Vers 15h30, selon des témoins, au moins quatre camions transportant des dizaines de miliciens pro-Gbagbo, certains en uniforme et d'autres en civil, certains parlant l'anglais et d'autres le français, ont attaqué la partie du village où habitent les Ouest-africains. Les témoins ont dit que les miliciens ont tué les immigrés dans leurs maisons et alors qu'ils tentaient de s'échapper.
Human Rights Watch a reçu une liste de vingt-sept victimes maliennes, mais des témoins ont dit que les familles des Maliens, qui avaient fui dans la forêt environnante et qui étaient plus tard revenues brièvement au village, avaient relevé près de quarante morts. Les témoins ont déclaré que les assaillants étaient armés de fusils automatiques, de lance-roquettes et de machettes. Ils pensent que leur village a été attaqué en guise de représailles suite à l'avancée militaire dans la région par les partisans armés d'Alassane Ouattara. Avant de partir, les agresseurs se sont livrés au pillage en s'emparant de tout objet de valeur - notamment des motocyclettes, de l'argent, des téléviseurs, des matelas et des vêtements - et dans certains cas ont incendié les maisons.
Plusieurs témoins ont indiqué que la prise pour cible des victimes était clairement basée sur des critères ethniques. Un témoin de 36 ans a déclaré: « Ils sont venus en nous accusant d'être des rebelles et nous dit : ‘Si vous êtes Dioula [nord de la Côte d'Ivoire], fuyez si vous le pouvez, si vous êtes Guere [natifs de la région et surtout partisans de Laurent Gbagbo], restez, nous ne sommes pas venus pour vous. Mais si vous êtes Maliens ou Mossis [Burkinabés du Burkina Faso], nous allons vous tuer.' Et puis, ils ont commencé à tuer. »
Une Malienne âgée de 18 ans a entendu les assaillants crier en anglais, alors qu'ils descendaient de leurs véhicules : « Abattez-les, abattez-les tous », et ils ont commencé à tuer. Elle a dit qu'elle plusieurs autres femmes et enfants ont été sauvés par une Libérienne qui s'est interposée.
Quelques témoins, parmi eux un adolescent de 16 ans interrogé par Human Rights Watch, ont été blessés à coups de machette lors de l'attaque : « Ils m'ont frappé, en disant qu'ils allaient me couper la gorge ; et puis ils m'ont entaillé les bras à coup de machette en criant que nous étions des rebelles. »
Il n'a pu survivre qu'en donnant de l'argent à ses agresseurs, tout comme d'autres personnes dont un Malien de 28 ans qui a fourni le témoignage suivant :
Vers 15 heures, nous avons entendu des camions venir et nous nous sommes réfugiés dans nos maisons. Les hommes ont tiré en l'air puis ils ont commencé à défoncer les portes en criant : « Tirez ! Tirez ! » et « Vous êtes des rebelles, nous allons tous vous tuer. » Nous entendions les coups de feu et les cris. Ils tuaient les gens. Avec ma famille nous nous sommes cachés dans notre maison. Ils ont défoncé la porte et crié que si je ne leur donnais pas de l'argent, ils nous tueraient tous. Je leur ai donné tout ce que j'avais - 84 000 CFA, et les clés de trois motos. Je les ai suppliés de ne pas me tuer .... J'étais terrifié ... mais ça m'a sauvé la vie. Le commandant a dit : « Sans argent, tu étais mort. » Mais pas tout le monde n'avait de l'argent... ils ont tué un Burkinabé devant moi... et plus tard dans une maison voisine, je les ai vu tuer cinq femmes... à quelques mètres de moi. Ils ont crié: « Donnez-nous de l'argent ! » Les femmes ont supplié, disant qu'elles n'en avaient pas... Alors ils les ont abattues... trois à l'intérieur de la maison, deux à l'extérieur. Ils ont ordonné à quatre d'entre nous de transporter dans leur camion les marchandises qu'ils avaient pillées... En marchant dans le village, j'ai vu au moins vingt corps et entendu des femmes et des enfants gémir... Je les ai vu mettre le feu aux maisons et on m'a dit que certains villageois avaient été brûlé vifs à l'intérieur.
Un homme de 34 ans originaire du Burkina Faso a dit avoir vu vingt-cinq personnes tuées, et a noté ce qu'il pense être un motif clair de l'attaque :
En tuant les gens, ils les accusaient d'être des rebelles... Ils ont dit d'autres choses en anglais que je n'ai pas compris. J'ai vu vingt-cinq personnes tuées sous mes yeux. Ils ont tué des femmes, des enfants et des hommes. Ils ont dit qu'ils nous tueraient tous. Ils ont forcé les gens à sortir de leur maison et ils les ont tués, exactement comme ils l'avaient dit. La plupart des gens qui vivent dans ce village sont Burkinabés, Maliens et Sénoufo [ethnie du nord de la Côte d'Ivoire]. Ils ont forcé les gens à sortir de leur maison et les ont tués sur le pas de leur porte. Un homme a ouvert sa porte, deux hommes l'ont traîné dehors et ils ont l'ont tué d'une rafale de Kalachnikov. J'ai aussi vu tuer toute une famille. L'homme, son petit frère, deux femmes et leurs enfants - deux enfants de 9 et 5 ans. Ils les ont tués, comme si de rien n'était.
Le ciblage ethnique à Abidjan
Depuis le 16 mars, jour où des partisans armés d'Alassane Ouattara ont tenté d'étendre leur contrôle sur les quartiers d'Adjamé et de Williamsburg d'Abidjan, des dizaines de civils ont été tués, que ce soit délibérément ou par usage excessif de la force. Les immigrés d'Afrique de l'Ouest et les membres actifs de partis politiques alliés à Alassane Ouattara ont été particulièrement ciblé.
Un homme de 40 ans, originaire du Burkina Faso, était l'un des neuf immigrés ouest-africains arrêtés par des hommes armés et en uniforme, qu'il pense être des policiers, à un barrage à Adjamé, le 29 mars. Le groupe a été emmené dans un poste de police où les policiers leur ont tiré dessus. Six des hommes sont morts ; trois autres, dont le témoin, ont été blessés :
A 8h30, en me rendant à mon travail, j'ai été arrêté à un poste de contrôle à Adjamé. Les policiers m'ont demandé ma carte d'identité. A la vue de mon nom ils m'ont dit de monter dans un 4 x 4 stationné à proximité. Je suis monté ; il y avait huit autres personnes. Nous avons été emmenés au 11e commissariat de police. Il y a un camp, juste derrière le commissariat, et c'est là que tout s'est passé. La police nous a poussé et a crié : « Êtes-vous des frères de la rébellion ? » J'ai dit non, mais à l'évidence, ce n'était pas une vraie question. Puis ils ont dit, « Si vous êtes Burkinabé, allez là-bas à gauche. Si vous êtes Malien, allez à gauche. » Nous sommes donc tous allés à gauche. Puis ils se sont tournés vers nous et ont tiré... six d'entre nous sont morts. J'ai reçu une balle dans le bras et dans les reins et j'ai dû leur paraître mal en point parce qu'ils m'ont laissé pour mort. Les policiers sont partis tout de suite après. Je n'ai pas douté qu'ils soient des policiers à cause de leur uniforme ; le 4x4 aussi était un véhicule de police, avec les marques de la police, et le camp au commissariat était un camp de police. Deux des morts étaient des Burkinabés ; j'ai appris que les six autres étaient Maliens, dont les deux autres survivants. Je n'ai pas pu dormir la nuit dernière, je ne peux pas oublier, et aussi à cause des sutures. Je vais essayer de dormir ce soir.
Un chauffeur ivoirien a décrit le meurtre, le 28 mars, de trois bouchers maliens par des miliciens de quartier, reconnaissables à leurs T-shirts noirs et brassards rouges. Les miliciens les ont abattus alors qu'ils étaient partis chercher une vache dans le quartier de Williamsville. Le 17 mars, un Sénégalais, blessé au bras dans le quartier d'Adjamé par un tir d'hommes armés en uniforme, a raconté comment deux de ses amis, Sénégalais, ont été abattus dans le même incident : « Les hommes armés ont pointé leurs armes sur eux et ont tiré... ils ne leur ont posé aucune question, ils les ont abattus comme ça, à bout portant. » Un autre témoin a décrit le meurtre d'un civil qui avait été arrêté le 30 mars à un barrage de miliciens à Adjamé :
A midi, les miliciens ont stoppé une camionnette et ont demandé au conducteur et à son apprenti leurs papiers d'identité. Ils ont traîné l'apprenti hors du siège passager et dit au conducteur qu'il pouvait partir. Ils ont tiré quatre fois sur l'apprenti. Son corps est toujours dans la rue. C'est comme ça qu'ils ciblent les étrangers... ils regardent les papiers et déterminent votre origine. Si vous êtes originaire de la CEDEAO [Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest] ou du nord, ils vous disent de descendre, et - trop souvent - vous tuent. Avec maintenant une dizaine de ces postes de contrôle à Adjamé, les meurtres et ce genre d'incidents sont devenus monnaie courante.
Un autre témoin a décrit comment il a vu des miliciens locaux perquisitionner de maison en maison et opérer des postes de contrôle les 21 et 22 mars à Williamsville. Il a déclaré avoir vu tuer trois personnes, dont deux de ses amis qui ont été assassinés dans sa maison.
La violence à Adjamé a provoqué un exode massif d'Abidjan des immigrés ouest-africains et des Ivoiriens du nord d'Abidjan, ou les a amenés à se réfugier dans diverses ambassades d'Afrique de l'Ouest.

Côte d’Ivoire : Les forces de Ouattara ont tué et violé des civils pendant leur offensive


Le nouveau gouvernement devra mener des enquêtes et poursuivre en justice les auteurs des atrocités perpétrées par les deux camps
APRIL 9, 2011
« Ce n'est pas en tuant et violant des civils que les forces d'Alassane Ouattara devraient mettre fin à ce conflit. Il faut, pour que la Côte d'Ivoire puisse émerger de cette effroyable période, qu'Alassane Ouattara respecte son engagement public d'enquêter sur les violences perpétrées par les deux parties et de poursuivre leurs auteurs en justice. »
Daniel Bekele, directeur de la division Afrique à Human Rights Watch
(Zwedru, le 9 avril 2011) - Les forces loyales au président élu Alassane Ouattara ont tué des centaines de civils, violé plus de 20 femmes et filles perçues comme appartenant au camp de son rival, Laurent Gbagbo, et incendié au moins 10 villages dans l'ouest de la Côte d'Ivoire, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Les forces loyales au président Gbagbo ont, quant à elles, tué plus de 100 partisans présumés de Ouattara lors de l'avancée de ses forces pendant la campagne de mars. Dès son accession au pouvoir, Alassane Ouattara devra de toute urgence ouvrir une enquête crédible et impartiale sur les graves exactions commises par les deux camps et veiller à ce que les responsables à tous les niveaux soient poursuivis en justice, a ajouté Human Rights Watch.
Les personnes avec qui Human Rights Watch s'est entretenu ont décrit comment, village après village, les forces pro-Ouattara, maintenant appelées les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI), ont sommairement exécuté et violé des partisans supposés de Laurent Gbagbo, alors qu'ils étaient chez eux, qu'ils travaillaient dans les champs, qu'ils fuyaient ou tentaient de se cacher dans la brousse. Les combattants ont souvent sélectionné leurs victimes en fonction de leur origine ethnique et les attaques ont touché de façon disproportionnée les personnes trop âgées ou trop faibles pour fuir.
« Ce n'est pas en tuant et violant des civils que les forces d'Alassane Ouattara devraient mettre fin à ce conflit », a déclaré Daniel Bekele, directeur de la division Afrique à Human Rights Watch. « Il faut, pour que la Côte d'Ivoire puisse émerger de cette effroyable période, qu'Alassane Ouattara respecte son engagement public d'enquêter sur les violences perpétrées par les deux parties et de poursuivre leurs auteurs en justice. »
Dans un cas particulièrement atroce, des centaines de civils de l'ethnie Guéré, perçus comme des partisans de Laurent Gbagbo, ont été massacrés dans la ville de Duékoué, dans l'ouest du pays, par un groupe constitué de diverses forces pro-Ouattara, dont des unités des Forces Républicaines, lesquelles sont sous le haut commandement du premier ministre d'Alassane Ouattara, Guillaume Soro.
Trois chercheurs de Human Rights Watch ont mené des enquêtes dans la région de Grand Gedeh, au Libéria, du 26 mars au 7 avril. Ils se sont entretenus avec plus 120 victimes et témoins de violations des droits humains commises par les forces des deux camps dans la région de l'extrême ouest de la Côte d'Ivoire. Plus de 40 000 Ivoiriens ont fui vers le Grand Gedeh en raison des combats. Human Rights Watch a également interviewé par téléphone près de 20 victimes et témoins encore présents à Guiglo, Duékoué et Bloléquin, à l'extrême ouest du pays.
Les violences constatées par Human Rights Watch se sont produites du 6 au 30 mars 2011, alors que les villes de Toulepleu, Doké, Bloléquin, Duékoué et Guiglo, dans l'ouest du pays, toutes auparavant contrôlées par les forces pro-Gbagbo, tombaient aux mains des forces pro-Ouattara qui voulaient destituer Laurent Gbagbo par la force. Ce dernier persiste dans son refus de céder le pouvoir à son rival, Alassane Ouattara, reconnu par la communauté internationale comme le vainqueur des dernières élections présidentielles.
Les Forces républicaines de Côte d'Ivoire d'Alassane Ouattara constituent une coalition floue, composée de combattants qui étaient auparavant membres des Forces Nouvelles, l'armée rebelle de longue date commandée par Guillaume Soro et qui contrôlait déjà la moitié nord du pays fin 2002. Les Forces républicaines ont depuis intégré dans leurs rangs des anciens soldats de l'armée ivoirienne, ainsi que des policiers et des gendarmes qui étaient précédemment au service de Laurent Gbagbo et qui ont récemment fait défection.
Dans chaque village au sujet duquel Human Rights a mené des recherches, des combattants des Forces républicaines s'étaient livrés au meurtre, au viol et au pillage de la population constituée principalement de Guérés. Originaires de l'ouest de la Côte d'Ivoire, les Guérés ont largement voté pour Laurent Gbagbo aux élections présidentielles de 2010. Une femme de 47 ans a raconté à Human Rights Watch que des combattants avaient tué sous ses yeux son père, son mari et son fils de 10 ans, non loin de la plantation de cacao de la famille, près de Doké. Un homme de 32 ans a rapporté comment les forces pro-Ouattara étaient entrées dans Diboké et avaient ouvert le feu sur des habitants qui étaient sortis de leurs maisons en courant, ne sachant pas à quel camp appartenaient les combattants qui les attaquaient. L'homme a vu trois personnes se faire tuer juste devant lui. Dans au moins 10 villages non loin de Toulepleu et de Bloléquin, les habitants ont dit qu'ils s'étaient cachés dans la brousse et avaient vu les Forces républicaines mettre le feu aux maisons ainsi qu'aux greniers ou étaient stockés les récoltes et les semences. Les témoins ont également raconté avoir vu ces combattants abattre les animaux et voler tout ce qui avait de la valeur.
De nombreux habitants ont fui en prévision ou à l'arrivée des forces pro-Ouattara dans le village. D'autres habitants, en particulier des personnes âgées, qui n'avaient pas pu parcourir les 40 kilomètres à pied pour se réfugier au Libéria voisin, ont été capturés par les Forces républicaines et détenus dans leurs villages. Human Rights Watch a recueilli des informations sur l'exécution de plus de 30 de ces captifs civils. Une femme de 67 ans a raconté comment des combattants pro-Ouattara venaient tous les jours chercher plusieurs captifs - souvent des hommes et des femmes entre 60 et 80 ans - et les exécutaient à bout portant.
Des dizaines de femmes ont également été détenues pendant un jour ou plus et ont été violées à plusieurs reprises. Une femme de Bakoubli, près de Toulepleu, a indiqué que les forces pro-Ouattara l'ont violée devant ses enfants, puis ont tué son mari qui tentait de s'interposer.
Les exactions perpétrées durant un mois d'attaques contre les civils guérés dans l'extrême ouest du pays, pendant tout le mois de février, a culminé dans le massacre de centaines d'habitants de la ville de Duékoué le 29 mars. Après avoir sécurisé la ville ce matin-là, les combattants des Forces républicaines, accompagnés de deux groupes de miliciens pro-Ouattara, se sont dirigés vers le quartier de Carrefour, bastion des partisans de Gbagbo. Huit femmes ont dit à Human Rights Watch que les forces pro-Ouattara avaient traîné les hommes, jeunes et vieux, hors de leurs maisons et les avaient tués dans la rue à coups de machettes ou à coups de feu, parfois en tirant par rafales. Tout en commettant ces tueries souvent épouvantables, certains des assaillants menaçaient de « tuer les Guérés jusqu'au dernier » à cause de leur soutien à Laurent Gbagbo. Une jeune femme a raconté à Human Rights Watch que les Forces républicaines avaient enlevé un groupe de jeunes garçons, dont son frère cadet, en criant qu'ils les emmenaient à Man - la ville de l'extrême ouest du pays où les Forces Nouvelles avaient leur base - « pour en faire des soldats ».
Human Rights Watch a également recueilli des preuves de nombreuses atrocités récemment commises par les forces pro-Gbagbo, y compris le massacre à Bloléquin, le 28 mars, d'une centaine d'hommes, de femmes et d'enfants originaires du nord de la Côte d'Ivoire et de pays voisins d'Afrique occidentale ; les meurtres de 10 autres Ivoiriens du nord et immigrés ouest-africains dans la ville de Guiglo, le 29 mars ; ainsi que les meurtres de huit Togolais dans un village à proximité de Bloléquin à la mi-mars.
« Pour comprendre les événements tragiques qui se déroulent en Côte d'Ivoire, on ne peut schématiser selon un simple clivage nord-sud, ou selon une démarcation entre les partisans de Gbagbo et ceux de Ouattara », a commenté Daniel Bekele. « Dans les deux camps, il y en a qui, malheureusement, accordent peu de valeur à la dignité de la vie humaine. »
Les forces pro-Ouattara comme les forces pro-Gbagbo sont tenues de respecter le droit international humanitaire (ou lois de la guerre) relatif aux conflits armés non internationaux, comme stipulé dans le Protocole additionnel II aux Conventions de Genève de 1949 et le droit international coutumier. Ces lois interdisent notamment le meurtre, le viol, la torture et la mutilation de civils et de combattants capturés, les punitions collectives, le recrutement et l'utilisation d'enfants soldats, ainsi que le pillage.
Quiconque participe à des violations graves des lois de la guerre avec une intention criminelle, ou ordonne leur commission ou en assume la responsabilité de commandement, s'expose à des poursuites pour crimes de guerre. Les auteurs de crimes graves, y compris des meurtres et des viols, commis dans le cadre d'une attaque généralisée ou systématique contre une population civile, comme un groupe politique ou ethnique, peuvent être poursuivis pour crimes contre l'humanité. Les États ont la responsabilité d'enquêter sur les crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis sur leur territoire ainsi que de poursuivre en justice toute personne impliquée dans ces crimes, ou de s'assurer que ces personnes sont poursuivies dans un autre lieu.
Human Rights Watch a appelé Alassane Ouattara à prendre des mesures décisives pour remédier aux violations graves du droit international commises par toutes les forces, et à empêcher d'autres actes de représailles et de punition collective. Human Rights Watch a également exhorté Ouattara à ordonner de toute urgence l'ouverture d'enquêtes et l'engagement de poursuites contre tous les responsables d'exactions, afin de rompre avec le cycle de l'impunité qui sévit depuis longtemps en Côte d'Ivoire.
« Alors que la communauté internationale portait son attention sur l'impasse politique à Abidjan autour de la question de la présidence, les forces des deux camps ont commis de nombreuses atrocités contre des civils, leurs dirigeants se montrant peu soucieux de contrôler leurs troupes », a conclu Daniel Bekele. « Ouattara devrait faire clairement comprendre à Guillaume Soro et aux Forces républicaines que de tels actes seront sévèrement punis par la justice ivoirienne ou par un tribunal international. »
Meurtres et pillages généralisés perpétrés par les Forces républicainesLes affrontements armés qui se sont produits dans l'extrême ouest de la Côte d'Ivoire entre les forces pro-Ouattara et pro-Gbagbo ont débuté le 25 février autour de la ville de Zouan-Hounien. Après s'être emparées rapidement de Zouan-Hounien et de Bin-Houyé le long de la frontière libérienne fin février, les Forces républicaines de Ouattara, placées sous le commandement général de Soro, ont fait face à une résistance beaucoup plus importante à Toulepleu, Doké, Bloléquin et Duékoué. Le 10 mars, Soro a proclamé le Commandant Fofana Losséni chef de la « pacification de l'extrême ouest » pour les Forces républicaines, avec pour mandat de « protéger les populations au nom du gouvernement Ouattara ». Des témoins et des représentants de Ouattara ont également identifié le Capitaine Eddie Medi comme étant le chef de l'offensive militaire menée en particulier autour de Toulepleu et de Bloléquin.
Alors que les combats faisaient rage à l'intérieur et aux alentours de ces villes pendant tout le mois de mars, les Forces républicaines ont systématiquement pris pour cible les civils présumés pro-Gbagbo, malgré les déclarations publiques répétées des porte-parole de Soro et de Ouattara soulignant que leurs attaques ne visaient que les forces armées pro-Gbagbo. Les visites effectuées par Soro aux Forces républicaines à Toulepleu les 9 et 10 mars ne semblent pas avoir réduit le nombre de leurs exactions.
Human Rights Watch a recueilli des informations sur les meurtres de civils commis par les forces pro-Ouattara dans une dizaine de villages au moins autour de Toulepleu et Bloléquin et dans ces localités, notamment des exécutions sommaires, des actes de mutilation et des immolations. Bien que la majorité des habitants guérés de la région aient fui en prévision de l'attaque menée par les Forces républicaines, ceux qui sont restés ont été soumis à un châtiment collectif pour le soutien présumé de leur groupe à Gbagbo.
Un Guéré de 57 ans originaire de Zoguiné, village situé entre Toulepleu et le poste-frontière officiel ivoiro-libérien tout proche, a expliqué à Human Rights Watch que les Forces républicaines avaient tué un paysan qui rentrait chez lui à pied, mis le feu à la maison de sa mère, la brûlant vive, et détruit son village :
Les rebelles[1] sont arrivés dans mon village le lundi 7 mars, à 10h00 du matin. Les femmes du village avaient déjà fui dès qu'elles avaient appris que Toulepleu avait été attaquée. Mais ma mère est restée parce qu'elle n'était pas capable de s'enfuir, et puis, il y avait 14 hommes qui sont restés aussi. La plupart d'entre nous étaient au village mais l'un de nous était dans ses champs en dehors du village.


Sept rebelles sont arrivés. Lorsqu'on a entendu les coups de feu, on s'est tous enfuis dans la brousse pour se cacher. Mais l'homme qui était dans sa plantation ne savait pas qu'ils étaient arrivés. Il est revenu chez lui et à ce moment-là, ils lui ont tiré dessus et l'ont touché au genou, ce qui fait qu'il ne pouvait plus marcher. Ils étaient tous en tenue militaire et portaient des foulards blancs sur la tête. Certains s'étaient barbouillés le visage avec du charbon ; d'autres s'étaient mis de la peinture rouge.


Les autres, on était tous cachés dans la brousse et on regardait tout à une distance de 100, peut-être 200 mètres. Ils lui ont tiré dans le genou avec une Kalache [fusil d'assaut « Kalachnikov » AK-47] à environ 10-20 mètres. Ils se sont dirigés vers lui après ce premier coup de feu et l'ont mis en joue avec leurs fusils. Puis [notre voisin] nous a crié : « Sortez de la brousse ! Ce ne sont pas les rebelles qui sont venus. Ce sont nos protecteurs [les troupes pro-Gbagbo]. » Ils ont essayé de nous piéger. Mais on pouvait les voir, on pouvait les voir avec leurs fusils pointés sur lui. Donc, on n'a pas bougé. Après deux minutes, ils ont dû se rendre compte qu'on n'allait pas revenir. Ils ont mis le feu à sa maison, et puis, ils l'ont attrapé à plusieurs et l'ont traîné par terre. Ils ont dû le traîner sur 85 mètres, l'emmenant vers la route principale qui traverse le village. Ensuite, ils l'ont abattu à bout portant et l'ont éventré avec un long couteau. Ils ont laissé son corps là.


Puis, ils sont retournés au village et ont commencé à rentrer dans toutes les maisons. Ils ont fouillé celles situées près de la route et ont emporté toutes les choses de valeur. Ils ont mis le feu aux maisons qui avaient un toit de paille. Ma mère était âgée et malade et ne pouvait pas quitter son lit. Ils ont brûlé sa maison avec elle encore à l'intérieur. J'ai trouvé son corps carbonisé plus tard, après leur départ. Je les ai regardés brûler ma maison après avoir tout volé. Comme ils étaient venus au village à pied, ils ont amassé tous les objets le long de la route principale. Puis, ils ont appelé leurs compagnons qui sont arrivés dans un camion-cargo militaire pour tout emporter. Ils ont pris des téléviseurs, des radios, toutes les choses sur lesquelles ils ont pu mettre la main. Ils ont massacré tous nos animaux - en ouvrant simplement le feu sur eux avec leurs Kalaches - avant de monter dans le camion.
Dans quelques villes et villages, les Forces républicaines sont arrivées plus tôt que prévu, avant que la plupart des habitants n'aient pu fuir, et elles ont fréquemment ouvert le feu alors que la population en panique cherchait à se réfugier dans la brousse avoisinante. Human Rights Watch a recueilli des informations sur des dizaines de meurtres survenus dans ces circonstances à Toulepleu, Diboké, Doké et Bloléquin.
Des témoins ont déclaré que les forces pro-Ouattara allaient de maison en maison après s'être emparées d'un village, tuant bon nombre de ceux qui étaient restés. Une habitante de Diboké âgée de 23 ans a déclaré à Human Rights Watch que des combattants des Forces républicaines étaient entrés chez elle et avaient tué sa mère, son père et son frère cadet. Elle s'était échappée par une fenêtre, trouvant finalement refuge au Libéria. Une femme de 25 ans de Bloléquin s'est cachée sous son lit lorsque les forces pro-Ouattara ont pénétré chez elles et ont tué sa sœur âgée de 20 ans. Dans au moins quatre cas sur lesquels Human Rights Watch a recueilli des informations, les victimes ont eu des parties de leurs bras tranchés et ont ensuite été éventrées à l'aide de longs couteaux - deux alors qu'elles étaient encore vivantes, deux autres après avoir été abattues.
Après avoir commis ces actes dans plusieurs villes et villages, certains soldats des Forces républicaines se sont déployés à pied sur les plus petites routes dans des zones où les habitants travaillent dans leurs plantations de cacao - tuant d'autres personnes qui croyaient avoir trouvé refuge dans un endroit sûr. Une femme de 47 ans a décrit à Human Rights Watch ce qui s'est produit dans l'une de ces circonstances :
Lorsqu'on a appris que les rebelles arrivaient, ma famille a trouvé refuge dans notre campement (petite plantation de cacao). C'est à deux kilomètres à l'extérieur de Doké, sur une route seulement accessible à pied ou à moto. On pensait qu'on y serait en sécurité, même s'il y avait des combats en ville. Le 16 mars, j'étais avec mon père, mon mari et mon fils de 10 ans. Ma sœur et ses enfants étaient là aussi. On était en train de préparer à manger lorsque deux rebelles sont tombés sur nous dans la brousse. L'un d'eux portait un camouflage militaire complet avec un foulard blanc ; l'autre portait un pantalon militaire et un t-shirt noir. Peut-être avaient-ils vu le feu et c'est comme cela qu'ils nous ont trouvés.


C'est moi qu'ils ont vu en premier lieu et ils ont tiré sur moi à 20 ou 30 mètres de distance. Je suis tombée par terre et j'ai fait semblant d'être morte. Ils ne m'avaient pas touchée. Puis, ils ont vu les autres et se sont dirigés vers eux. Ils ont à nouveau ouvert le feu et ils ont tué ma famille - mon fils, mon mari et mon père, ils ont tous été tués. Ils tiraient avec des grands fusils, des fusils qui tiraient vite, du genre « tacatac ». Je gisais là par terre, j'ai vu quand mon fils s'est écroulé, mort, mais je ne pouvais pas pleurer. Si j'avais pleuré, ils auraient su que j'étais encore vivante et ils m'auraient tuée. Mais pourquoi suis-je encore vivante ? Ils ont pris mon fils, mon mari et mon père. Je n'ai plus rien. Je ne suis plus en vie de toute façon.


Ils sont repartis et après un petit temps, je me suis levée et j'ai regardé les corps. Du sang avait coulé par terre, mais aucun d'eux ne bougeait encore. Mon fils avait reçu deux balles, l'une dans la poitrine, l'autre dans le ventre. Je l'ai pris dans mes bras et j'ai pleuré en silence. Puis ma sœur est sortie de sa cachette - lorsque les rebelles sont arrivés, ils se trouvaient à une petite distance et avaient réussi à se cacher dans la brousse - et elle a dit qu'il fallait partir.


On s'est dirigés vers Bloléquin, mais quand on est arrivés là, on a appris dans la brousse que les rebelles s'étaient emparés de la ville. Alors on a traversé la brousse en direction de Guiglo. Une fois arrivés là, on a découvert que les troupes loyalistes étaient parties, alors on a de nouveau pris la fuite, cette fois en direction de Tai. On a parcouru 20 kilomètres sur la piste de brousse avant de traverser la frontière libérienne en pirogue.
Des dizaines de témoins ont expliqué à Human Rights Watch qu'après avoir tué sommairement les civils guérés trouvés dans un village, les Forces républicaines se livraient souvent au pillage avant de mettre le feu aux maisons. Human Rights Watch a recueilli des informations sur l'incendie partiel d'au moins 10 villages guérés autour de Toulepleu et de Bloléquin. Plusieurs témoins ont signalé à Human Rights Watch qu'alors qu'ils étaient cachés dans la brousse, ils avaient vu les forces pro-Ouattara mettre le feu aux structures utilisées pour stocker le riz et les semences de riz du village.
Exécutions sommaires de civils détenus, essentiellement des personnes âgéesLorsque les Forces républicaines déferlaient sur un village, les personnes âgées ou malades, ainsi que leurs proches qui refusaient d'abandonner les êtres chers incapables de fuir, sont souvent restés dans leurs maisons. Dans plusieurs cas au moins, les Forces républicaines ont enfermé ces personnes dans une ou plusieurs maisons du village pour ensuite les tuer dans les jours qui ont suivi.
Human Rights Watch a recueilli des informations sur les meurtres d'une trentaine de Guérés qui n'avaient pas été en mesure de fuir avec leurs familles ; dans la vaste majorité des cas, les Forces républicaines ont abattu les victimes âgées à bout portant. Des dizaines d'autres réfugiés interrogés par Human Rights Watch ont déclaré avoir laissé derrière eux les personnes âgées qui leur étaient chères dans d'autres villages autour de Toulepleu et de Bloléquin, ce qui semble indiquer que ce bilan meurtrier pourrait s'avérer plus lourd encore.
Une femme guéré de 21 ans originaire d'un village proche de Toulepleu a confié qu'au début mars, elle, sa famille et cinq autres villageois avaient été maintenus en détention. Elle a été violée, son mari a été tué pour avoir essayé de la défendre, et d'autres ont été exécutés :
Le village a été attaqué par des rebelles [aux alentours du 7 mars]. Les loyalistes [troupes pro-Gbagbo] étaient restés dans le village pendant un certain temps avant, mais ils avaient fui juste avant l'arrivée des rebelles. Mon mari, mes deux enfants et moi nous sommes cachés chez nous. Les rebelles nous ont trouvés et nous ont emmenés dans la maison du chef du village, où nous avons été détenus pendant une semaine environ, avec cinq autres villageois, dont deux femmes.


Chaque jour, ils prenaient quelqu'un et l'abattait devant la maison. Les rebelles entraient, emmenaient la personne dehors, et puis un coup de feu retentissait et la personne ne revenait plus jamais. Le cinquième jour, j'ai été violée dans la maison par l'un des rebelles. Il m'a violée sous les yeux de mes enfants. Lorsque mon mari a tenté de me défendre, ils l'ont emmené dehors, ont tiré un coup de feu, et il n'est jamais revenu.


Peu de temps après, quelque chose a volé au dessus de nos têtes. C'est passé deux fois, et tous les rebelles ont quitté le village. C'est alors que j'ai pris mes enfants et que j'ai traversé la frontière pour aller au Libéria.
Une femme de 67 ans originaire de Doké, où des combats entre les forces de Ouattara et celles de Gbagbo ont eu lieu le 13 mars, a fourni à Human Rights Watch une description analogue de l'exécution de 20 civils guérés, en majorité des hommes et femmes âgés :
J'ai été réveillée par des coups de feu le premier jour où ils ont attaqué Doké. J'étais chez moi, et quand j'ai entendu les tirs, je suis sortie en courant. Les rebelles m'ont immédiatement capturée. Certains portaient un camouflage militaire ; d'autres étaient en t-shirt et en pantalon militaire. Il y avait des camions-cargo militaires et des 4x4 autour de la ville. Six d'entre eux nous ont cernées, moi et quatre autres personnes. Ils nous ont enfermées dans l'une des plus grandes maisons du village. Alors qu'ils nous mettaient là, l'un d'eux a dit : « On n'est pas venus ici pour vous. On n'est pas venus ici pour vous tuer. »


Le deuxième jour, ils ont amené d'autres personnes dans la maison. Certaines étaient du village, pour la plupart d'autres personnes âgées ou malades qui ne pouvaient pas fuir. Et puis, il y a eu d'autres personnes comme nous qu'ils ont amenées des villages voisins. Au total nous étions plus de 30, peut-être même plus de 40. Nous avions tous plus de 45 ans.


C'est ce jour-là qu'ils ont commencé à tuer. Les rebelles ont traîné les gens hors de la maison et puis les ont exécutés juste devant. Je pouvais regarder dehors et j'ai tout vu. J'étais tellement surprise la première fois, on a tous pleuré, sachant alors qu'on allait mourir. Ils ont empoigné un vieil homme - ils étaient trois à être entrés - l'ont traîné dehors, lui ont dit de s'éloigner en marchant, puis ils l'ont abattu à deux-trois mètres de distance. Son corps s'est simplement écroulé sur le sol. Puis, ils sont rentrés et ont saisi quelqu'un d'autre. Ce jour-là, ils ont tué le chef de notre village. Ils lui ont réclamé 100 000 francs CFA [environ 210$US, 152 Euros] mais il leur a dit qu'il n'avait pas d'argent. Ils ont tiré trois coups de feu ; c'est le troisième qui l'a tué.


Au total, ils ont tué plus de 20 personnes détenues là. Je les ai toutes vues de mes propres yeux. Cela s'est passé sur trois jours ; ils en ont tué plusieurs chaque jour. Ils en ont tué quelques-unes en leur tranchant la gorge avec une machette, mais la plupart [des meurtres], c'était par balles. Ils ont surtout tué des hommes, mais ils ont exécuté quelques femmes aussi. Nous les vieux et les malades, on ne pouvait pas fuir la guerre. Quel combat leur a-t-on livré ?


Un jour, j'ai entendu l'un d'eux dire à un autre rebelle : « Ce sont des gens qu'on va tuer. Ce sont les Guérés qui ont provoqué cette guerre. » Mais sinon, ils ne nous ont pas parlé. Il y en avait beaucoup qui faisaient les exécutions. Cela changeait chaque jour. De nouveaux 4x4 remplis de rebelles arrivaient toujours, amenant de nouvelles personnes. Doké est devenue leur base au moment où ils envisageaient d'attaquer Bloléquin.


Après trois jours d'exécutions, ils ont rassemblé quelques cadavres et les ont brûlés. L'odeur était épouvantable à cause de tous les corps en décomposition devant la maison.


Ils m'avaient frappée sur le pied avec une Kalache le premier jour, et mon pied était vraiment enflammé. Un jeune rebelle est venu me trouver à cause de ma blessure et m'a dit que je devais aller dans la brousse ramasser du bois pour cuisiner pour eux plus tard. Il a dit à son ami que je ne pouvais pas m'enfuir vu que mon pied était très enflammé. Ils ne se rendaient pas compte que j'étais encore forte, que je savais que si je restais, je serais tuée. Donc quand je suis allée dans la brousse pour chercher du bois, j'ai pris la fuite.


Je suis restée dans la brousse pendant deux semaines, et je suis arrivée ici il y a neuf jours. Je ne sais toujours pas où se trouvent mon mari et mes enfants. Ils ont fui lorsque les combats ont commencé, et je ne sais pas s'ils ont pu s'échapper. Je demande à de nouveaux réfugiés chaque jour, mais je n'ai toujours pas de nouvelles.
Un homme de 84 ans détenu dans une autre maison de Doké avec six autres Guérés a expliqué que le cinquième jour de leur captivité, des membres en uniforme des Forces républicaines ont verrouillé la maison dans laquelle ils étaient détenus et qui ne comptait qu'une seule pièce, ouvrant ensuite le feu à travers les murs. Cinq des sept captifs sont morts immédiatement, tous avaient plus de 50 ans, et le témoin a eu trois blessures par balle à la jambe gauche.
Les forces pro-Ouattara ont quitté le village - qui a été repris brièvement le jour même sans coup férir par les forces pro-Gbagbo - permettant à l'homme de s'échapper avec l'autre survivant. Ils ont trouvé une voiture qui les a emmenés à Guiglo, où la Croix-Rouge les a soignés. Menacé par une autre attaque imminente des Forces républicaines à Guiglo, l'homme de 84 ans a parcouru pendant deux semaines plus de 100 kilomètres à pied pour rejoindre le Libéria et trouver refuge dans un village libérien.
Viols et autres violences sexuellesHuman Rights Watch a recueilli des informations sur 23 cas de viol et autres violences sexuelles commis par les Forces républicaines lors de leur progression dans l'extrême ouest du pays. Toutes les victimes étaient guérés. Dans plusieurs cas, les agresseurs ont fait allusion à l'origine ethnique de la victime avant ou pendant les violences sexuelles. Des informations dignes de foi émanant d'organisations humanitaires travaillant le long de la frontière ivoiro-libérienne semblent indiquer qu'il existe des dizaines d'autres cas analogues.
Dans quelques cas, les combattants ont capturé des femmes et des filles lors de l'attaque initiale d'un village, les ont forcées à aller dans la brousse avoisinante et les ont violées. Une femme de 31 ans originaire de Bohobli, un village de la région de Toulepleu proche de la frontière libérienne, avait décidé de ne pas s'enfuir lors de l'avancée des forces de Ouattara car sa grand-mère ne pouvait pas partir et elle-même était handicapée du pied. Elle a confié à Human Rights Watch que trois hommes armés étaient entrés chez elle. Un combattant a tué la grand-mère à coups de machette, tandis que les deux autres ont traîné la femme dans la brousse, où ils l'ont violée.
Néanmoins, dans la vaste majorité des cas étudiés, les combattants ont enfermé les femmes dans des maisons pendant un ou plusieurs jours, commettant des viols collectifs répétés avant de partir pour la ville ou le village voisin. Aux alentours du 7 ou 8 mars, les Forces républicaines sont passées par Basobli, à une dizaine de kilomètres de Toulepleu en direction de la frontière libérienne. Bien que la plupart des habitants aient fui dès qu'ils ont appris la chute de Toulepleu, une femme de 25 ans qui s'est entretenue avec Human Rights Watch est restée au village pour veiller sur ses jeunes frères et sœurs :
Des rebelles armés sont arrivés au village. Sept d'entre eux ont investi la maison familiale et m'ont gardée prisonnière pendant deux nuits avec trois frères et sœurs plus jeunes et une cousine. Trois des sept hommes m'ont violée dans la maison à de multiples reprises les deux nuits. Les rebelles étaient toujours là, mais pendant la journée, j'étais autorisée à circuler dans le village. Trois autres femmes du village étaient détenues chez elles également ; je parlais avec elles pendant la journée lorsque les rebelles m'autorisaient à sortir, et les femmes m'ont dit qu'elles étaient violées aussi. Lorsque nous nous sommes parlé le troisième jour, nous avons décidé de fuir. Je suis allée chercher ma famille et dès que la chance s'est présentée, nous nous sommes enfuis dans la brousse.
Après que les forces pro-Ouattara eurent pris Bloléquin le 20 mars, elles ont également enfermé les hommes et les femmes qu'elles avaient capturés pendant les combats et qui étaient dans l'impossibilité de fuir. Dans une villa située non loin de la préfecture où étaient installés plusieurs commandants des Forces républicaines, des combattants ont violé à plusieurs reprises huit jeunes femmes guérés, dont plusieurs filles, comme l'a décrit un homme détenu avec elles :
On m'a emmené dans une maison de Bloléquin en même temps que 15 autres prisonniers. C'était une très grande villa en ville. Les chefs militaires des FAFN [autre nom donné aux Forces Nouvelles] étaient installés dans le bâtiment de la préfecture en ville, mais un autre groupe FAFN avait réquisitionné cette maison qui n'était pas trop éloignée. Ils nous ont gardés prisonniers là. Sur les 16, huit étaient des femmes - dont quelques filles de 14-15 ans. On était tous Guérés.


Pendant la nuit, ils sont venus et ont saisi les femmes, qui ont commencé à crier et à implorer les soldats de ne pas les toucher. Tous les FAFN qui étaient là avaient la même idée en tête, violer les femmes, surtout les plus jeunes. La première fois, trois des soldats sont venus en même temps et l'un d'eux a dit alors qu'il empoignait une fille : « Vos maris guérés voulaient la guerre avec nous, eh bien nous allons leur donner la guerre. »


Ils se sont même battus entre eux, devant nous, pour savoir qui pourrait être avec telle ou telle fille. Toute la nuit ils ont emmené les filles - un ou deux FAFN en attrapaient une, emmenaient la fille dans une pièce de l'autre côté du couloir, ou en bas - et puis, ils la violaient. J'ai écouté les cris toute la nuit ; je n'ai pas dormi, aucun d'entre nous n'a dormi. Puis ils ramenaient les filles, et c'était au tour d'un autre FAFN. On était tous enfermés dans la même pièce, et les filles revenaient et nous disaient que les soldats les avaient violées à maintes reprises. Elles ont dit que les soldats appuyaient la pointe d'un fusil ou une machette contre leur cou, leur disaient de se déshabiller et puis les violaient.
Massacre de Duékoué impliquant les Forces républicainesAprès que les Forces républicaines eurent pris le contrôle de Duékoué le 29 mars tôt le matin, des centaines d'habitants guérés ont été massacrés dans le quartier Carrefour de la ville. Human Rights Watch a interrogé huit femmes qui avaient été témoins des événements, ainsi que plusieurs personnes qui avaient aidé à compter ou à enterrer les corps dans les jours qui ont suivi le massacre.
Cinq témoins ont clairement identifié des Forces républicaines parmi les attaquants, affirmant qu'ils étaient arrivés dans le quartier dans des camions, des 4x4 et à pied, en tenue militaire. D'autres ont expliqué avoir vu deux milices pro-Ouattara opérer en étroite collaboration avec les Forces républicaines, commettant des exactions contre la population civile : un groupe tribal de défense civile dont les membres sont connus sous le nom de Dozos, généralement armés de fusils et identifiés par certains témoins comme portant leurs vêtements traditionnels ; et un groupe de miliciens burkinabés qui vivent dans la région et sont dirigés par un homme désigné principalement par son prénom, Amadé.
Le quartier Carrefour est depuis longtemps un point de concentration des milices pro-Gbagbo. Cependant, selon des témoins interrogés par Human Rights Watch, les forces pro-Ouattara y ont exécuté des hommes qui ne passaient pas pour être membres des milices, y compris des garçons et des vieillards. Selon des victimes et des témoins, les déclarations faites par des membres des forces pro-Ouattara qui participaient au massacre démontrent qu'ils visaient la population du quartier en vue d'infliger un châtiment collectif aux Guérés. Une femme de 39 ans a décrit le meurtre de son mari ainsi que des dizaines d'autres meurtres, son témoignage rejoignant celui de beaucoup d'autres témoins du massacre :
C'est mardi matin [29 mars], juste après que les rebelles [pro-Ouattara] eurent pris le contrôle de Duékoué, qu'ils sont arrivés dans le quartier et ont commencé à tirer partout. Ils devaient être 500 à faire une descente dans le quartier ce matin-là.


Ils sont allés de maison en maison et ont fait sortir les hommes pour les tuer. Deux d'entre eux ont enfoncé ma porte et sont entrés chez moi ; ils ont forcé mon mari à sortir. Plusieurs autres portaient une torche et ont mis le feu à la maison. Je suis sortie en criant derrière eux, et ils ont abattu mon mari à bout portant. C'était avec un grand fusil ; l'un d'eux l'a tiré dehors et l'autre l'a abattu. Alors que mon mari s'écroulait à cinq mètres de moi à peine, ils ont dit : « On est là pour tuer Gbagbo, mais parce que vous les Guérés avez voté Gbagbo, on va vous tuer, on va vous tuer jusqu'au dernier. »


Puis les rebelles sont passés à la maison voisine, me laissant là en train de crier. Mon mari, mon beau-frère, plusieurs cousins, ils ont tous été tués par les forces d'Alassane [Ouattara] ce jour-là.


La plupart des attaquants présents dans le quartier portaient un uniforme militaire - l'uniforme des Forces républicaines. Beaucoup avaient des foulards rouges. D'autres étaient des Dozos en vêtements traditionnels et certains étaient des jeunes dioulas venus avec des couteaux et des machettes. Les Forces républicaines sont arrivées les premières dans leurs voitures et à pied, et puis les autres ont suivi. Ils ont tué des gens désarmés partout. J'ai vu des gens à qui on tranchait la gorge avec des machettes et des couteaux, d'autres qui étaient abattus. On pouvait voir les taches de sang sur la route, le sang de tous ceux qui avaient été tués. Il y avait des corps partout. On pouvait juste voir les rangées de corps de ceux qu'ils avaient fait sortir et qu'ils avaient abattus.


La plupart des personnes tuées étaient des hommes, mais ils ont tué des garçons, comme les hommes, comme les vieillards. Je les ai vus tuer des garçons, sous mes yeux. L'un d'eux ne devait pas avoir plus de 10 ans et alors qu'ils le traînaient dehors, il m'a regardée l'air tellement effrayé et a dit : « Mama, s'il-te-plaît », et puis, ils l'ont abattu. Partout il y avait des gens abattus. Nos maris, nos frères, nos enfants ont tous été tués.
Une femme de Carrefour âgée de 29 ans a également confié que son mari avait été tué sous ses yeux parce qu'il était guéré, et qu'ensuite son frère de 15 ans avait été recruté de force :
Mardi [29 mars] aux alentours de 8 heures du matin, ils ont commencé à attaquer le quartier Carrefour où nous vivons. Ils ont dit aux femmes qu'elles pouvaient partir mais, « Nous sommes ici pour tuer vos maris ». Il y en avait plein, tout plein. Il y avait des Dozos, des hommes d'Amadé, des jeunes armés et en civil, et des soldats FN [Forces Nouvelles]. On s'était cachés chez nous, mon frère, mon mari et notre bébé.


Quand les forces sont arrivées pour dire, « Les femmes, partez, les hommes, on va vous tuer », chacun a cherché à s'enfuir s'il le pouvait. On a fait de même. À 13 heures, on s'était enfuis de chez nous et on était à pied sur le bord de la route principale, près du pont.


Il y avait plein de cadavres dans les rues, des forces pro-Ouattara partout au milieu du carnage. Pendant notre fuite, j'ai vu des gens qu'on abattait autour de nous avec des Kalaches, mais je ne pouvais pas faire attention, j'étais trop effrayée. Un 4x4 nous a dépassés ; l'un d'eux nous a vus et ils se sont rangés sur le côté. Ils ont garé le véhicule juste à côté de nous. Il y avait un dessin de serpent dessus.


Trois hommes sont descendus et ont stoppé mon mari. Ils ont dit : « On cherche des Guérés. Vous avez voté Gbagbo, on va vous tuer tous. Toi, tu es guéré. » Il a répondu : « Non, j'ai voté ADO [initiales de Ouattara] », mais ils ont dit : « Non, tu n'as pas voté pour lui, tu es guéré, donc tu as voté Gbagbo ». En fait, on n'a pas voté. Ils ont éloigné mon mari de moi. J'avais notre bébé de six mois dans les bras. Ils scandaient : « ADO ! ADO ! Vous êtes tous des Guérés, vous qui avez voté Gbabgo ! Vous n'avez pas voté ADO, on va vous tuer tous. Ce sont tous des Gbagbo ici. »


Puis ils ont tiré dans le ventre de mon mari. Tous les trois ont tiré sur lui avec leurs Kalaches, alors qu'il était juste devant eux. Ils ont regardé mon bébé de six mois et ont décidé que mon bébé ne pouvait pas leur être utile, mais mon frère de 15 ans était là aussi. Il criait, « Pourquoi vous l'avez tué ? » Tuer mon mari n'était pas suffisant ; ils ont pris mon petit frère pour en faire un soldat. Ils ont dit : « Aujourd'hui, tu vas devenir soldat. Nous allons t'emmener à Man. À Man, tu vas devenir soldat. » C'est à Man que se trouve leur base, ceux qui nous tirent dessus, les Forces Nouvelles. Ils l'ont emmené de force dans le camion. Il y avait au moins six autres jeunes garçons qui attendaient dedans, dont des enfants qui n'avaient pas l'air d'avoir plus de 10 ans. Je ne les ai pas reconnus, mais c'étaient des garçons en civil, la peur transparaissait sur leur visage. J'ai entendu les garçons qui imploraient le pardon quand les hommes sont revenus, mais les soldats n'ont pas répondu. Ils ont poussé mon frère à l'intérieur avec les autres garçons, sont remontés à bord et ont démarré. Je n'ai pas eu de nouvelles de mon petit frère depuis lors.


Les hommes qui ont tué mon mari étaient des militaires armés de couteaux, de machettes et de Kalaches. Ils portaient des gris-gris de guerriers [amulettes traditionnelles souvent portées par les combattants du nord], des jeans et en haut une tenue de camouflage militaire. C'étaient clairement des forces pro-Ouattara ; ils chantaient ADO. Les FN avaient pris la ville ce jour-là, avec les Dozos et les Burkinabés qui étaient dans les rues aussi, brûlant des choses et tuant des gens, allant de maison en maison. Pas une seule maison n'a été laissée indemne à Carrefour. Ils ont mis le feu aux maisons. Mon appartement n'existe plus ; il a été incendié comme les autres.
Un chef religieux de Duékoué qui s'est rendu dans le quartier Carrefour le 31 mars a confié à Human Rights Watch que des centaines de cadavres y gisaient encore, dont 13 dans une église appelée l'Église du Christianisme céleste. Parmi eux se trouvait le corps criblé de balles du pasteur, toujours dans ses habits religieux.
Des informations dignes de foi, émanant notamment des Nations Unies et des organisations humanitaires internationales travaillant dans la région, ont indiqué que les groupes pro-Gbagbo avaient tué des immigrés ouest-africains et des Ivoiriens du nord alors qu'ils se retiraient de Duékoué, mais Human Rights Watch n'a pas été en mesure de confirmer ces informations.
Meurtres perpétrés par les forces pro-GbagboHuman Rights Watch a également recueilli des informations sur les meurtres de centaines de personnes originaires du nord de la Côte d'Ivoire et de pays ouest-africains voisins, meurtres perpétrés par les forces pro-Gbagbo au moment où elles se sont retirées de villes et de villages de l'extrême ouest. Ces informations font état de massacres de plus de 100 personnes à Bloléquin et d'au moins 37 autres à Bédi-Goazon, ainsi que de meurtres commis à Guiglo, dans le village de Keibli et dans les campements des plantations de cacao autour de Zidibli.
Alors que les Forces républicaines progressaient, en particulier après la chute de Toulepleu, les combattants fidèles à Gbagbo ont rapidement battu en retraite. Néanmoins, d'autres forces pro-Gbagbo, notamment des miliciens ivoiriens et des mercenaires libériens, sont souvent restés en arrière. Beaucoup semblent être restés afin d'avoir une dernière occasion de commettre des atrocités à l'encontre des partisans présumés de Ouattara avant de battre également en retraite.
Human Rights Watch a recueilli des informations sur le recrutement de centaines de mercenaires libériens par les deux camps. Les mercenaires, dont beaucoup d'ex-combattants de la guerre civile brutale qui a ravagé le Libéria, ont souvent reçu entre 300 et 500$ chacun pour traverser la frontière ivoirienne et se battre.
Une personne capturée par les forces de Ouattara à Bloléquin a décrit à Human Rights Watch ce qui est arrivé quelques jours plus tard, alors que les mercenaires et les miliciens pro-Gbagbo tentaient de reprendre la ville. Le témoin a expliqué que lorsque les forces pro-Gbagbo avaient pris le contrôle de la préfecture, bâtiment abritant les autorités et l'administration locales, elles avaient massacré une centaine d'hommes, de femmes et d'enfants appartenant à des groupes ethniques du nord de la Côte d'Ivoire et de pays ouest-africains voisins.
Le lundi 25 mars, on était toujours retenus prisonniers à la préfecture lorsqu'on a entendu des tirs à l'arme lourde. Il était environ 4 heures du matin, et on pouvait entendre le bruit assourdissant des affrontements. La préfecture tremblait à cause des tirs. Tous les FAFN [forces pro-Ouattara] qui dormaient là étaient partis. Les habitants de la ville étaient généralement répartis dans des pièces différentes en fonction de leur groupe ethnique, et nous, les Guérés, on était couchés là dans une grande pièce. De 4 heures à 6 heures du matin, il y a eu des tirs nourris.


Juste avant 6 heures, des hommes armés ont fait irruption dans la pièce où l'on se trouvait. C'étaient les mercenaires libériens et quelques autres combattants pro-Gbagbo. Les mercenaires étaient dirigés par un gars surnommé « Bob Marley ». Quand ils ont fait irruption dans la pièce, on a mis nos mains en l'air en criant : « On est prisonniers, on est prisonniers, ne tirez pas ! » Ils ont demandé s'il y avait des rebelles parmi nous, et on a répondu : « Non, on est tous des Guérés, on est prisonniers. » Ils nous ont fait sortir de la pièce et on a commencé à voir des corps jonchant le sol partout dans les autres pièces. Ils nous ont fait sortir par l'arrière, en disant : « Il y a trop de corps dans le hall d'entrée principal pour que vous passiez par là. » Je pouvais voir des corps empilés. Il y avait des femmes, il y avait des hommes, il y avait de jeunes enfants.


À l'entrée de la préfecture, ils avaient posté un milicien guéré qui demandait à chaque personne, une par une, à quel groupe ethnique elle appartenait - il parlait à la personne en guéré pour voir si c'était sa langue maternelle. Ceux qui pouvaient parler guéré, ils les emmenaient dehors. Ceux qui ne pouvaient pas, ils les forçaient à aller dans une autre direction. À ce stade, on avait rejoint des personnes provenant d'autres pièces. Donc il y en avait certains qui étaient Dioulas, Mossis, Malinkés. J'ai entendu pleurer des bébés et des femmes, ils les ont tous tués. Ils les ont massacrés. On était dehors et ils nous ont fait attendre pendant qu'ils ouvraient le feu sur quiconque n'était pas guéré. Je ne sais pas comment quelqu'un aurait pu survivre. Il y avait un bruit incroyable à cause des tirs et des pleurs. Je n'ai jamais rien entendu de pareil. Je ne suis toujours pas bien dans la tête.


Lorsqu'ils en ont eu fini avec les tueries, ils ont dit qu'ils allaient nous emmener à Guiglo. Ils ont commencé à marcher dans cette direction, d'autres ont été chargés dans des voitures, mais j'ai profité d'un moment où ils ne nous surveillaient pas beaucoup pour fuir dans la brousse. Par la suite, j'ai appris que les FAFN avaient repris Bloléquin quelques heures plus tard.
Une autre personne interrogée par Human Rights Watch est arrivée à Bloléquin quelques jours plus tard et a découvert des dizaines de corps dans la préfecture. L'homme a confirmé que les victimes appartenaient à des groupes ethniques du nord de la Côte d'Ivoire et de pays ouest-africains voisins.
Human Rights Watch a également recueilli des informations sur les meurtres de 10 Ivoiriens du nord et autres ressortissants ouest-africains à Guiglo le 29 mars tôt le matin, lorsque la ville était sous le contrôle des forces pro-Gbagbo. Des témoins ont déclaré que les auteurs des meurtres avaient attaché les victimes ensemble, puis leur avaient tranché la gorge. Une autre personne interrogée par Human Rights Watch a vu les corps le lendemain et selon elle, deux de ces corps étaient ceux de ressortissants maliens et un troisième celui d'un Guinéen. Les forces pro-Gbagbo ont quitté Guiglo le 30 mars, des heures avant l'arrivée des forces républicaines.
Les deux témoins de Guiglo ont dit avoir reçu des informations crédibles faisant état de tueries similaires perpétrées dans d'autres parties de la ville, mais les problèmes de sécurité n'ont pas permis de confirmer ces témoignages.
Human Rights Watch a également recueilli des informations sur les meurtres, à la mi-mars, de huit ressortissants togolais vivant à Keibli, avant que les Forces républicaines ne s'emparent de ce village situé juste à l'extérieur de Bloléquin. Un habitant de Bloléquin qui s'est entretenu avec Human Rights Watch a trouvé leurs corps mutilés dans un lac et aux alentours. Des informations crédibles ont incriminé une coalition de miliciens et de mercenaires libériens pro-Gbagbo.
Human Rights Watch avait déjà recueilli antérieurement des informations sur le massacre, le 22 mars, d'au moins 37 personnes, en majorité des ressortissants ouest-africains, à Bédi-Goazon, un village situé entre Bloléquin et Guiglo. Aux alentours de 14h30, des mercenaires libériens et autres miliciens pro-Gbagbo ont tué des immigrés ouest-africains chez eux ou lorsqu'ils tentaient de s'enfuir. L'attaque semble avoir eu une connotation ethnique, un témoin confiant à Human Rights Watch que les attaquants avaient dit aux Guérés qu'ils pouvaient rester en toute sécurité, mais ils auraient dit aux Maliens et aux Mossis (un groupe essentiellement originaire du Burkina Faso) qu'ils allaient être tués.
Des témoins ont signalé à Human Rights Watch que tant lors du massacre de Bloléquin que lors de celui de Bédi-Goazon, les attaquants étaient dirigés par un mercenaire libérien dont le nom de guerre en Côte d'Ivoire était « Bob Marley ». Selon des témoins et plusieurs autres témoignages dignes de foi, dont certains émanant d'ex-combattants au Libéria, « Bob Marley » travaille pour Gbagbo depuis le conflit civil de 2002, utilisant le village de Ziglo, juste à l'extérieur de Bloléquin, comme base pour recruter et entraîner des mercenaires libériens depuis l'issue du second tour des élections.
ContexteDepuis que la crise en Côte d'Ivoire a éclaté dans la foulée du second tour du scrutin présidentiel le 28 novembre 2010, Human Rights Watch a investigué sur des violations graves des droits humains et des violations du droit humanitaire international perpétrées par les deux camps. Jusqu'à la fin du mois de février, les exactions signalées étaient essentiellement commises par les forces de sécurité se trouvant sous le contrôle de Gbagbo et par des milices qui lui étaient fidèles dans le cadre d'une campagne systématique de violence, signe de crimes contre l'humanité. Les partisans présumés de Ouattara, y compris les membres de partis politiques alliés avec Ouattara, ainsi que les immigrés ouest-africains et les musulmans, ont été la cible d'atteintes aux droits humains, notamment de meurtres, de disparitions forcées et de violences sexuelles. Le 30 mars, face à la multiplication des exactions et à une situation qui dégénérait en guerre civile, le Conseil de sécurité des Nations Unies a imposé de lourdes sanctions à l'encontre de Gbagbo et de plusieurs de ses proches alliés politiques.
Ces attaques se sont poursuivies au cours des dernières semaines, donnant notamment lieu au massacre et autres meurtres décrits par Human Rights Watch et perpétrés dans l'ouest ainsi qu'à Abidjan, où bon nombre de partisans supposés de Ouattara ont été tués depuis que les forces pro-Ouattara y ont lancé leur offensive début avril.
Recommandations

À Alassane Ouattara :
  • Prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer le commandement formel de toutes les Forces républicaines, notamment celles se trouvant dans l'ouest de la Côte d'Ivoire, et veiller à ce qu'elles respectent le droit international relatif au droits humains et le droit humanitaire.
  • Ordonner d'urgence l'ouverture d'enquêtes sur les meurtres, viols, pillages et autres exactions perpétrés depuis les élections de novembre 2010 par tous les groupes armés, et engager des poursuites, conformément aux normes internationales en matière de procès équitable, à l'encontre des personnes impliquées. Veiller à ce que tous les commandants qui ont ordonné ou sont impliqués dans de graves exactions en vertu de leur responsabilité de commandement fassent l'objet de poursuites. Demander l'aide de la communauté internationale dans les enquêtes et poursuites afin de s'assurer qu'elles répondent aux normes internationales.
  • S'engager à fournir des dédommagements et autres réparations aux victimes d'exactions, à permettre aux réfugiés se trouvant au Libéria de retourner dans les régions de Côte d'Ivoire où ils résidaient antérieurement, et à contribuer à la reconstruction des villages détruits lors des combats.
  • Veiller immédiatement à ce que tous les enfants incorporés dans les rangs d'un groupe armé, quel qu'il soit, soient bien remis à des organisations telles que le Comité international de la Croix-Rouge qui peuvent aider à retrouver leurs familles. Veiller à ce que ceux qui ont recruté ou utilisé des enfants au sein de leurs forces soient tenus de répondre de leurs actes.
  • Garantir l'accès aux soins de santé, à une prise en charge psychologique, à une assistance juridique et à des services de réinsertion socioéconomique aux victimes de violence sexuelle.
  • Coopérer pleinement avec la Commission d'enquête mise sur pied par le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies et l'autoriser à travailler sans ingérence, notamment à mener des enquêtes sur tout le territoire et à interroger des victimes et des suspects des deux camps.
Au Conseil de sécurité des Nations Unies :
  • Adopter des sanctions, notamment des interdictions de voyager et un gel des avoirs, à l'encontre de tous les commandants impliqués dans des violations des lois de la guerre pendant le conflit armé.
  • Veiller à ce que les 2 000 Casques bleus supplémentaires de l'ONU, aujourd'hui prêts à arriver dans le pays après l'autorisation initiale de leur envoi en janvier, soient déployés dans des zones à risque, notamment la région de l'extrême ouest et les quartiers pro-Gbagbo d'Abidjan.
  • Garantir l'assistance dont a besoin la Commission d'enquête récemment mise sur pied, particulièrement en lui assurant les effectifs et ressources suffisants pour protéger les victimes, les témoins et les enquêteurs.
  • Dans l'intérêt de la vérité et de la justice dans cette crise ivoirienne qui dure maintenant depuis dix ans, publier le rapport de la Commission d'enquête de 2004, y compris l'annexe qui a identifié les principaux responsables des exactions commises après le début de la guerre civile en septembre 2002.
  • Demander au Secrétaire général de l'ONU de fournir dans ses rapports, conformément à la Résolution 1960 du Conseil de Sécurité, des informations détaillées sur les parties au conflit armé qui sont soupçonnées d'avoir, selon toute probabilité, perpétré des violences sexuelles ou d'en être responsables.
  • Demander à la Représentante spéciale pour la violence sexuelle dans les conflits de fournir au Conseil de sécurité des informations sur les viols et autres violences sexuelles et de promouvoir une réponse coordonnée et efficace face aux violences sexuelles commises par tous les acteurs en Côte d'Ivoire.
À la Commission d'enquête mise en place par le Conseil des droits de l'homme :
  • Enquêter sur les principales exactions commises dans l'extrême ouest de la Côte d'Ivoire, notamment les massacres perpétrés à Duékoué, Bloléquin et Bédi-Goazon ; les violences sexuelles ; ainsi que le recrutement et l'utilisation d'enfants et le recrutement forcé d'autres personnes au sein des forces armées. Interroger les réfugiés ivoiriens dans la région de Grand Gedeh, au Libéria, afin de recueillir des témoignages capitaux relatifs aux graves exactions perpétrées lors des intenses combats qui ont eu lieu le long de l'axe Toulepleu-Guiglo.
  • Identifier les principaux responsables des crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis pendant la période postélectorale, notamment les commandants impliqués en vertu de leur responsabilité de commandement. Sur la base de ces conclusions, inclure des recommandations visant à ce que ces responsables soient tenus de répondre de leurs actes.
Au Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme :
  • Renforcer les effectifs et le soutien destinés à la division des droits de l'homme de la Mission de l'ONU au Libéria, en appuyant les efforts qu'elle déploie dans les comtés de Nimba, de Grand Gedeh et de Maryland pour recueillir des informations sur les atteintes aux droits humains qui ont été perpétrées en Côte d'Ivoire. Veiller à ce que les effectifs comptent dans leurs rangs des personnes parlant couramment le français. Demander aux observateurs des droits humains de travailler avec le gouvernement pour renforcer la protection des réfugiés et s'attaquer à la violence basée sur le genre.
À la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) :
  • Appeler Alassane Ouattara et son nouveau gouvernement à adopter des mesures urgentes visant à garantir une enquête indépendante, impartiale et crédible sur les crimes qui auraient été commis par tous les camps depuis l'élection et l'appeler à coopérer pleinement avec la Commission d'enquête de l'ONU.
Aux bailleurs de fonds internationaux de la Côte d'Ivoire :
  • Soutenir et promouvoir les efforts faits au niveau national pour lutter contre l'impunité, notamment les enquêtes criminelles et poursuites judiciaires, en fournissant une assistance financière et l'aide d'experts.


[1] Lors des interviews, les victimes et témoins ont utilisé différents termes pour désigner les forces armées régulières de Ouattara, notamment les « rebelles », les Forces Nouvelles (ou FN), les FAFN (Forces Armées des Forces Nouvelles) et les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) - nom officiel depuis la déclaration de Ouattara le 17 mars.